‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 63 sur 221 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

ce qui existe. J entendis alors un son , mais un son intellectuel , et ce son me parut être la parole de la lumière. J'interrogeais en moi, et la parole , en même temps, répondait en moi. Je ne puis dire la suite et la forme d'un tel entretien; mais tout est resté dans le fond de mon ame, comme le feu demeure caché dans les veines d'un caillou jusqu'au moment où un choc l'en fera jaillir. Gha» que fois que j'aurai besoin de consulter l'oracle, j'en suis certain, je le retrouverai; il ne refusera pas de me répondre, il ne me trompera point.

Je ne suis point né du chêne, dit Talaon, je ne suis point né du rocher, mon corps fut un airain embrasé; trois fois en un jour je pouvais faire le tour entier de l'île de Crète. Je fus ainsi autrefois. Alors je n'aurais pas eu l'intelligence de tes discours. Mais pour échapper à la destinée qui me menaçait, puisque ma vie était toute contenue par un clou fatal qui pouvait m'être enlevé, j'ai reconnu l'empire de Jupiter, et j'ai changé de nature. Maintenant, il m'est donné de te comprendre. Tu te confies en l'inspiration même de la parole: cette belle et inconcevable doctrine, qui test venue comme le souffle de la vie, comme la lumière par laquelle tes yeux voient, parcequ'en eflFet ton origine est céleste; cette belle et inconcevable doctrine , je l'ai apprise déjà parmi les sa-

ges de rinde. Quelle soit, quelques instants , le sujet, non plus de nos méditations solitaires, mais de nos méditations communiquées. Ainsi que toi, je suis un homme vivant des fruits de la terre, et les pensées des hommes sont faites pour se féconder mutuellement. Toutefois , avant tout, je veux te dire une seule chose : Tu te confies en la parole; refuse la parole à ceux qui ne doivent pas lavoir. Enveloppe la loi de mystère, pour la rendre inscrutable aux profanes.

Ainsi Talaon et Orphée s'entretenaient ensemble, et trompaient, par de tels entretiens, lapproche d'une séparation qui devait être si douloureuse pour tous. Celui qui pourrait savoir les discours qu'ils tenaient entre eux serait bien avancé dans les secrets dont le temps a épaissi les voiles. Il saurait ce qu'ont cru les sages des temps primitifs sur l'insondable unité de Dieu, sur la création , sur la matière, sur l'origine du mal, sur les différents ordres d'intelligences émanées de l'intelligence suprême, sur les immortelles destinées de l'homme. Il saurait ce qu'il nous est permis de savoir sur les causes de l'univers. Ce serait assister, en quelque sorte, aux entretiens du passé et de l'avenir.

Quelquefois le vieillard disait à Orphée : Mon fils, tu devrais aller avec Eurydice sur des rochers inaccessibles, et dans le fi>nd des forêts ,

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