‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 65 sur 221 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

laon prépare la tendre Vola au départ de sa fille. Et, quand le jour du départ est arrivé, lauguste vieillard ordonna à Orphée et à Eurydice de s'asseoir à ses pieds; puis, étendant sur leurs têtes ses mains vénérables, il prononça les paroles initiatives, sans toutefois prononcer les paroles époptiques, car les jours consacrés à la pudeur ne doivent point finir pour eux: ils resteront néophites. Redoutables mystères de la vie et de la mort, vous ne pouviez leur être complètement révélés; le génie des ancêtres était demeuré voilé dans le ciel.

Allez ensemble dans le même exil, dit Talaon ; le monde est ouvert devant vous, votre destinée est entre vos mains. Souvenez-vous que les dieux immortels couvrent de leurs regards Thomme voyageur, comme le ciel inonde la nature de sa bienfaisante lumière. Voici des grains précieux qui doivent tant améliorer la race malheureuse des mortels. Ils les ont refusés jusqua présent, mais, sans doute, les temps n'étaient pas venus. Ainsi, la terre deviendra leur héritage; ainsi, ils apprendront le travail et la prévoyance. Ces grains, emblèmes de tant de biens, gages de tant d'espérances, vous les réserverez pour en faire présent aux hommes qui les méconnaissent encore, car le blé doit devenir également la nourriture de toutes les familles humaines, toutes appe-

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lées aux mêmes progrès par les mêmes labeurs. Vous, bannis volontaires, vous, librement voués à toutes les indigences, vous mangerez les fruits des forêts et les racines sauvages. Orphée, tu pourras enseigner à-la-fois , et la religion des funérailles et la religion des mariages, qui sont une seule et même chose. La société ne peut se créer qu'en formant le lien domestique; la propriété, sorte d'identification de l'homme avec la terre par la culture, devient sacrée par les tombeaux; et c'est ainsi que le genre humain tout entier peut parvenir, un jour, à n'offrir qu'une seule et grande famille. Mais le joug des lois, pour être salutaire, doit être librement accepté. Allez, mes enfants, bientôt orphelins délaissés, allez, mais vivez l'un et l'autre comme un frère et une sœur, jusqu'à ce que vous ayez trouvé un lieu où vous puissiez fixer votre demeure. Imitez les oiseaux voyageurs, qui s'abstiennent de l'amour tant qu'ils ne sont pas arrivés dans une contrée où les dieux les instruisent à construire un nid pour leur postérité future. Or^ phée, je te confie la pudeur d'Eurydice ; que la certitude de l'avoir jx)ur épouse te suffise. Les hommes que tu formeras auront des ancêtres par la foi des tombeaux ; ils auront des descendants , par la sainteté des mariages; toi, tu ne peux point avoir d'ancêtres; et qui sait s'il te sera jamais

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