‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 66 sur 221 · LIVRE DEUXIÈME. 8i · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. 8i

donné daYœr des enfants? Que Jupiter et Métis te tiennent lieu d ancêtres; que la race améliorée des hommes soit ta noble postérité! Orphée, Eurydice, couple divin , consentez à être misérables pour diminuer la misère du genre humain ; faites comprendre aux autres la sainteté du lien conjugal, avant tle le former pour vous-mêmes. Satisfîtes à la Némésis des noces solennelles ! Écoutes ceci, c'est une parole des anciens oracles, c'est une parole d en haut. L'homme est un être incomplet, destiné à se compléter successivement par sa propre intelligence, par sa propre volonté; il ne peut rien pour 1 avancement et la perfection de sa nature, tant qu'il est dépourvu du sentiment religieux ou du sentiment social , c est-à-dire du sentiment qui le met en rapport avec Dieu, et de cdlui qui le met en sympathie avec ses semblables. Ceux par qui la Providence veut créer de tels sentiments, doivent être d'une merveilleuse pureté. Orphée, toutes les fois que j'invoque la puissance suprême, j'emploie une expression vague qui n'afBrme rien sur le sexe ; les mystères de la Samothrace ou de l'Egypte t'apprendront-ils Jes sexes des dieux ?

Vola versait des larmes abondantes. Pourquoi pleures-tu, lui dit le vieillard, aimable clarté du soir de ma vie, pourquoi pleures-tu? que manquera-t-il à nos enfants? Ne jouiront-ils pascom-

me nous de la protection des dieux? Déjà ils ont ce que Tabondance et le repos ne donnent point : ils ont cette affection réciproque qui a fait notre bonheur, et qui rend tout aisé. Ils s'aimeront mieux dans la solitude, la détresse, les privations, et même le malheur. Puisse néanmoins le ciel Téloigner de leurs têtes! Alors, il bénit de nouveau Orphée et Eurydice , qui se relevèrent pour s'asseoir aux pieds de Vola. Vola les bénit, à son tour, en sanglotant. Ensuite elle tira de son sein un voile qu'elle remit à Orphée, pour être un jour le pudic[ue voile nuptial d'Eurydice. Sur ce tissu, ouvrage de l'épouse d'un Titan, se voyaient retracés les confins célestes dont la lyre du poëte était l'harmonieux symbole. Elle remit en même temps à la nymphe éplorée une pomme de grenade, cueillie dans le jardin des Hespérides : cette pomme de Koré, gardienne jalouse de la légalité des mariages, ne pouvait être ouverte, pour en savourer les fruits, que lorsque le voile serait déployé. Talaon gémit en lui-même-, il sait trop que ces derniers présents de l'amour maternel doivent être inutiles, puisqu'il ne peut y joindre la glèbe, emblème du sol, gage de la propriété aux confins terrestres. Toutefois les augures avaient été favorables.

Les deux exilés sortirent de la maison paternelle, qu'ils ne devaient plus revoir. La biche,

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