LIVRE DEUXIEME
douce compagne de la nymphe, voulut en vain la suivre; elle fut retenue par Vola, qui lui destinait les caresses de labsence. Aucune route n'était tracée aux deux exilés, et ils se mirent à marcher sur la terre comme Fhomme égaré dans le sein dune vaste forêt. Eurydice s'appuyait sur le bras d'Orphée, et soupirait en silence. De temps en temps, elle se retournait pour jeter encore un . coupd'œil sur le lieu où s'écoulèrent si paisiblement les jours fugitifs de son enfance fortunée; puis elle ne se retourna plus, et elle pleura.
Lorsque les magnanimes orphelins furent partis, Talaon ne contraignit plus ses larmes; et les deux époux, délaissés à leur tour, et restés seuls, pleuraient ensemble, pour se consoler dans leur affliction mutuelle. Ils pleuraient en caressant la biche, qui, elle-même, versait des larmes. Pendant qulls pleuraient ainsi, un envoyé céleste vint leur annoncer, dit-on, que, dès ce moment, Orphée et Eurydice pouvaient prétendre au rang des demi-dieux. Les poètes ont raconté de mille manières ce voyage, qui fut une suite de prodiges. Le couple initiateur n'avait que la lyre pour vaincre tous les obstacles, pour surmonter tous les dangers, pour conjurer toutes les terreurs. Initiation sublime, tu étais bien digne d'être chantée par les poètes !
Tel fut le premier récit de Thamyris. Il ajouta
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çn le terminant : Roi de la colline quarrée, Fhistoire de Talaon et de Vola m est entièrement inconnue ayant et après les circonstances que je viens de vous retracer; on ne sait ni leur origine, ni les autres événements de leur vie, ni les détails de leur mort. Toutefois rien n est plus célèbre dans la Crète que Thomme au corps d airain enflammé, qui, dans une journée, faisait trois fois le tour de Tile. Rien n est plus célèbre que les combats livrés par lui aux étrangers. Rien n est plus célèbre que le clou fatal qui, arraché à son talon , devait laisser échapper sa vie avec son sang. Bien n'est plus célèbre et plus inexplicable. Quant à Vola, prêtresse des religions cruelles , qu'il lui ^.^fut défendu de communiquer à sa fille, quant à Vola, son nom même doit périr.
Je vais continuer de vous instruire, vénérable Évandre, de ce que je sais d'Orphée et d'Eurydice.