LA SAMOTHRACE
Le poëte et sa généreuse compagne, perdus au sein dun monde barbare, parmi des solitudes terribles, avaient besoin de tout leur courage. Providence des dieux, tu fus leur seul appui. i^
Sur les côtes de la Thrace, vis-à*vis Fembouchure de THébre, s élève une île qui était sans jftnommée lorsque vous quittâtes la Grèce, vénérable Évandre, mais qui, depuis, a exercé une gt*ande influence sur les peuples. De cette île akirs inculte, et peuplée seulement par quelques hommes sauvages, sans gouvernement et sans loi, la vue s'étend au loin sur les archipels de la Grèce. C'est la haute Samos de Thrace , à qui je donnerai désormais le nom de Samothrace. Lorsque je la visitai, elle sortait à peine de la barbarie, et déjà elle conmiençait à s'illustrer par un collège de prêtres, pères puissants, où j'ai appris l'histoire
que je vous raconte, et dont vous allez entendre la suite.
Orphée, croyant avec raison qu'une telle position géographique, à l'entrée d'un autre monde, pourrait être favorable à ses desseins, avait tourné ses regards prophétiques sur cette île destinée à une si grande célébrité. Il voyait, par la pensée, s'avancer graduellement, de rivage en rivage, depuis les montagnes acrocéroniennes de l'Hémus jusque dans la Crète, les doctrines harmonieuses qui réunissent les hommes en corps de société. Il vous serait impossible de comprendre, roi pasteur, l'état de misère et d'abrutissement oîi serait plongée l'espèce humaine, si elle n'était soumise au joug salutaire de la religion et des lois. Les 'morts, restés sans sépulture, deviendraient la proie des oiseaux du ciel, et des animaux qui peuplent les forêts impénétrables. Non seulement 0lk ne contracterait point de saints mariages, mais même l'union éphémère des sexes serait fort rare, et ne serait due qu'à des rencontres fortuites. Telle n'est point la condition naturelle de l'homme; si quelquefois il est descendu à cet état de dégradation, c'est toujours ]>ar la suite d'une catastrophe qui a fait périr ses institutions primitives. Néanmoins les traditions les plus ancie|iBeS| conservées dans les vieux sanctuaires, assignent toutes ce commencement aux destinées humaines: