LIVRE TROISIÈME
cest qu'en effet il semble que sans cesse lliomme serait menacé d y revenir, s'il ne luttait pas sans cesse, si la tutéle sévère des sacerdoces et des patriciats lui était retirée. De ce que Thomme est obligé de combattre contre lui-même pour ne pas retomber dans la barbarie, de ce quil a besoin d'être puissamment aidé pour ne pas succombei^ dans ces combats de tous les jours, il était facile d'arriver à la pensée qu'il obéit à ses vrais instincts, qu'il est dominé par les souvenirs de son berceau, lorsqu'il oppose une résistance opiniâtre aux en-* seignements. Il fallait donc lui peindre ce berceau comme peu digne de ses regrets, ces instincts comme devant être réformés. Les initiés savent .^li'*"'^ * cjue les histoires mystagogiques sont des leçons,*^ des emblèmes, des mystères, pour faire mieux comprendre la loi du progrès à/la condition du labeur, loi primordiale et sacrée. Les hiérophantes savent, de plus, ce que sont les diflFérentes tutèles imposées à l'enfance de l'homme social. Mais, Êvandre, ce n'est point ici le lieu de nous entretenir de la science du bien et du mal, de chercher à surprendre les secrets de cette sagesse qui réside dans les sanctuaires.
Long-temps Orphée et Eurydice avaient erré au sein de contrées désertes, perdus dans de vastes forêts, domaine antique des bêtes féroces, séjour des épouvantes et des fantômes de la nuit.
On ignore et la durée de ce voyage aventureux , et les dangers quils coururent, et les obstacles qu'ils surmontèrent. Enfin ils arrivent sur les rochers qui bordent la mer orageuse de Thrace. Lorsque la tempête brise un navire, quelquefois de hardis matelots se font de leur mât, rompu par FefFort des vagues, une dernière ressource pour sauver leur vie. Cette dernière ressource des naufragés fut le moyen qu'Orphée imagina pour traverser le détroit. Un vieux chêne, que lorage avait déraciné, que la foudre avait creusé et dépouillé de ses branches , devint le grossier et fragile vaisseau où il ne craignit pas de faire asseoir à ses côtés la douce fille de Talaon. Poussés par un vent favorable, ils viennent échouer sur les arides plages de la Samothrace. Aux hommes épars, qui errent sur la surface de cette île, sans demeure et sans loi, il faut, dit Orphée, un nom collectif qui les fasse être un peuple, et qui ensuite les distingue des autres peuples, lorsqu'ils seront réunis par le même lien social, par le même lien religieux. Qu'ils soient, dès à présent, lesPélasges! race puissante et civilisatrice, dont l'unité fbrte et typique se transmettra bientôt à des nations nombreuses, toutes semblables entre elles! Ce nom de Pélasges, roi pasteur, est déjà un nom illustre pour vous. Les Pélasges n'ont-ils pas laissé d'ineffaçables empreintes sur le Palatin où nous