‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 70 sur 221 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

sommes à présent? N ont-ils pas habité FArcadie, votre ancienne demçure ? Ainsi leurs brillants essaims, dès 1 origine, semblent se confondre avec lorigine des choses. On dirait qu ils sont un peuple cosmogonique comme les Titans.

Orphée voulut commencer sa paisible conquête par les doux accents de la musique. Aussitôt donc il prit sa lyre, et se mit à en tirer les accords Içs plus propres à émouvoir. Eurydice y joignit les sons de sa voix ravissante. Elle chantait les bienfaits des dieux immortels, Tordre naissant 4u chaos, rharmonie des cieux et de la terre, lliomme destiné à sentir et à reproduire cette harmonie, le charme des affections domestiques, des sympa- * thies sociales. Les Pélasges, rassemblas sur une^,, grève tumultueuse, étaient groupés autour d'Orphée et d'Eurydice. Ils écoutèrent d'abord avec unétonnement stupide; un instant après, ils furent entraînés par la force magnétique, intime, irrésistible de la musique. Cette puissance inconnue réveillait leurs facultés assoupies, et faisait pénétrer la pensée dans leur ame encore brute. Ils ne pouvaient comprendre les paroles mélodieuses de la vierge magnanime, mais ils éprouvaient mille sentiments nouveaux. Un monde entier semblait se dessiner, pour eux, derrière un nuage. Ils croyaient que ces deux créatures merveilleuses étaient des génies bienfai-

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sants, des êtres dune nature plus élevée, et ils se prosternaient pour les adorer. Eurydice sur-tout leur offrait tous les traits d'une divinité compatissante. Je ne sais quel pressentiment les avertissait qu'ils allaient enfin sortir de cette vie dure et sans avenir, à laquelle ils avaient été condamnés jusqu'alors. Enfin leurs coeurs commençaient à être susceptibles de recevoir toutes les émotions progressives et généreuses. Je comprends bien, à présent , disait Orphée en lui-même , pourquoi je n'ai point réussi dans mes premières tentallii^^* S^ans doute il faUait que je fusse avec la fillede la vision. L'autorité vient non seulement dii génie, elle vient aussi de la grâce. JLa force et le courage ne suffisent point pour dompter les hommes; et les secrets de la poésie ne sont pas tous dans le$ hautes pensées.

Ici, Évandre, je ne puis m'abstenir de mar^ rêter encore, pour vous communiquer une observation importante. Plusieurs peuples se disent nés du sol qu'ils habitent. Il n'en est point ainsi. La race humaine est une ; elle est par-tout la même. Les muses antiques de la Piérie en racontent Forigine. Mais ava^nt d'avoir des lois, ne peut-on pas se représenter l'homme semblable à cette belle statue d'argile que façonna Prométhée? L'homme né du sol n'est donc autre chose que l'homme avant la société. Toutefois, sage Évandre, ne nous lais-

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