‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 71 sur 221 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

sons pas éblouir par de tels récits, et cherchons toujours la vérité qu'ils contiennent. J'insiste sur ces choses, en ce moment, parceque souvent elles doivent être présentes à notre esprit. LesPélasges donc n'étaient pas nés du sol; les chants d'Orphée et d'Eurydice évoquèrent l'ame des ancêtres ignorés de ces peuples: la race exista pour eux. Alors ils s'empressèrent d'offrir à leurs hôtes des fruits et des racines. Orphée leur donna, en échange, une poignée de ce grain , le far fécond, qui tst destiné par les dieux à être la nourriture de l'homme, bienfait pour lequel ces peuples reconnaissants ne tardèrent pas d'instituer les mystères de Cérès et de sa fille Perséphone. Le don du blé, comme vous le savez, roi pasteur, et comme l'avait dit le puissant Talaon, c'est le dop même de la prévoyance , c'est le don de cette faculté qui porte la pensée dans l'avenir, car il faut ensemencer dans une année, et recueillir dans Tautre. Lliomme apprend aussi, par le retour périodique des moissons , à mesurer le temps, à compter les saisons, à distinguer les météores, à connaître ainsi la succession de la vie. Chez vous, illustres Latins, Saturne est à-la-fois le dieu du temps et le dieu de l'agriculture. Sans doute cpie les phénomènes du ciel et les phénomènes de la terre ont été unis enseinble dès le commencement. Les prérogatives de la propriété ont été transportées du

ciel sur la terre; la propriété a eu des confins dans le ciel avant d avoir des limites sur la terre. Le droit se forme dans le ciel avant d'apparaître sur la terre. Telle est la raison des attributs éminents de la lyre.

Cest, je crois, le moment, modeste Évandre, de vous dire une aventure d'Orphée, qui sera pleine, pour vous, d'une instruction infinie.

Un jour, à l'heure du soir, le poëte divin errait avec Eurydice sur les bords de cette mer agitée, qui n'était célèbre encore par aucun ^AUfragel Le temps était calme, la mer entrait dans le majestueux repos de la force indomptable, re- )pù8 plein de charme et de puissance. Le poëte et sa noble compagne s'assirent sur un rocher que les vagues venaient caresser en murmurant; quelquefois l'écume blanche s'élevait jusqu'à eux comme en se jouant, et venait légèrement mouiller leurs pieds*. Le soleil avait disparu dans les abymes resplendissants de la mer, une nuit transparente s'avançait en silence sur le% flots. Orphée, ému par la solennité d'un tel spectacle, prit sa lyre et chanta. Eurydice, toute occupée des chants inspirés de son glorieux époux, ne vit pas d'abord une apparition qui se montrait, non loin de là, sur une cime la plus escarpée et la plus sauvage de rtle. C'était une femme d'une taille toute divine. Une longue robe blanche, serrée au-dessous du

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