‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 72 sur 221 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

sein par une ceinture bleue que fermait une agrafe (Ter, dessinait les contours nobles et gracieux de cette taille surhumaine. Ses cheveux flottaient sur ses épaules, une couronne de chéné entourait son front. Un air mâle, sévère et profondément triste, respirait dans tous ses traits. Il eût été impossible d'assigner son âge; car le temps n avait fait aucun outrage à sa figure imposante, et cependant il était facile de voir que les heures de la jeunesse avaient cessé de verser sur elle leur doôf éclat; ou plutôt elle donnait Fidée d'une beanté immortelle, étrangère à la succession des années. Et pourtant je ne sais quelle douleur immense, qui tempérait, sans l'éteindre, le feu de ses regards, disait trop qu^elle appartenait, par quelques liens, à Thumanité. Elle était debout, immobile, un de ses coudes appuyé sur le rocher, et sa tête inclinée reposait sur sa main gauche. Dans cette attitude, elle paraissait respirer de loin les chants d'Orphée, comme on respire un parfum enivrant.

Oq)hée s'arrête, et Eurydice voyant qu'une méditation nouvelle agite l'ame du poëte, en cherche la cause autour d'elle; la nymphe ne cherche pas long -temps. Étonnée, elle interroge son époux. Je ne sais, dit-il, ce qui se passe en moi. Cette femme, sans doute, n'est point une femme de l'île ; ce n'est point non plus une divi-

g4 ORPHÉE.

nité. Je ne puis contenir mon envie de savoir quel est cet éire mystérieux, d'apprendre pourquoi il me domine par la puissance inconnue de son attentipn toute fascinatrice. Il faut que j aille auprès de cefte femme, si toutefois c'est une mortelle; Eurydice, retire-toi, pendant que j'essaierai de la vaincfie par mes chants, car, je le sens bien, d'étranges, pensées sont en elle. Eurydice , qvii ne savait qu'obéir, se retira, non sans une vive inquiétude, parcequ'elle crai(]^nait quelque maléfice. Elle avait souvent entendu parler de n^g^ciennes, qui , par la force de leurs enchantementài triomphent des plus fiers courages.

Orphée s'élance de rocher en rocher; il marche au milieu d'un chaos de ruines entassées. L'apparition s'éloigne à mesure qu'il avance. Enfin elle se glisse au travers des ombres , comme si elle eht été elle-même une ombre, et disparait dans une grotte profonde. Orphée s'y précipite après elle^ et se perd dans les détours d'un vaste et silencieux souterrain , où il n'entend plus d'autre bruit que le retentissement de ses pas. 11 est entouré d'épaisses ténèbres , il ne sait comment il retrou*vera sa route ; enfin il se met à jouer de sa lyre, et à chanter. Lorsqu'il s'arrête, une voix part des profondeurs de la grotte , et murmure le long <tes voûtes du souterrain : cette voix était pleine de douceur et de tristesse , comme seraient les dei^

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