LIVRE TROISIÈME. gS
DÎers accents de la fille la plus belle d'un héros, qui , toute pleine encore de vie et de jeunesse , lutterait en vain contre une mort lente et douloureuse; ou plutôt comme serait lliymne ftinèbre d'uii^ vierge résignée, douce et tendre victime, dont le sang innocent va, tout-à-rheure , arroser un autel funeste.
Poète divin, disait-elle, que veux-tu de moi? Laisse, laisse en repos une sibylle inspirée comme toi, mais à qui tu viens ravir sa puissance. Ah! ne crois point que je sois un être malfaisant. Savais reçu le don de lavenir, mais c'est dans un ordre de choses qui finit, et le don de l'avenir se retire de moi. Plus d'une fois les Titans, dont le li^gne alors paraissait devoir être immuable , m'pnt menacée de me revêtir d'une tunique de pierres, parceque, par mes oracles, je les troublais dans leur force. Je prédisais le siècle nouveau qui me tue. Orphée, il faut que je te le dise, j'ai résisté,autantque j'ai pu, à ton ascendant; cerft moi qui ai rendu vaines tes premières tentatives: tel était mon destin. Je suis vaincue par toi et par la fille de l'homme d'airain. Je n'ai aucun ressentiment contre vous; je veux te le redire, je ne suis *point un être malfaisant. Ecoute, poëte divin , écoute le peu de paroles qu'il m'est donné de prononcer encore, et qui sont les dernières; tu peux les écouter sans crainte, car maintenant mes
paroles sont sans puissance. Écoute donc, j'ai vu un monde périr, et ce spectacle ne peut sortir de ma pensée. Des races florissantes existaient où sont à présent les abymes des mers. Là grotte où tu mas suivie, et dont tu ne peux voir les tristes merveilles, est un mélange confus de débris de rochers, de fortes citadelles, de grands tombeaux. Tout a été confusément entassé par le génie de la iQort. C'est au. sein d'un si lamentable chaos que j ufixé ma demeure, comme les oii$eaux de sinistre augure qui bâtissent leurs nids parmi les itiiuqs. Les pères de la race humaine actuelle ont vu détruire les monuments qu41s avaient élevés pour égaler la durée des siècles ; ils les ont vu détruire avec autant de ifacilité que seraient effacés par une esclave diligente les faibles réseaux d'un vil insecte. Lés enfants dégénérés vaincront-ils le de^ tin qui a vaincu leurs pères, géants si lon^ti^mps indomptés? Les dieux m'avaient donné une double yue^ elle devient confuse, mais elle .suffît pour entrevoir des calamités sans nombre. Pourquoi, malheureux humains, pourquoi donneriezvous sans cesse de nouvelles proies à la inort? Pourquoi vous donneriez - vous des enfantst qui dégénéreront comme vous avez dégénéra de. vos pères? Pourquoi voudriez-vous ensevelir ceux à qui vous devez une cruelle et £|^agile existence? Vos demeures, les tombeaux de vos pères.