LIVRE TROISIÈME
les travaux de votre intelligence, tout doit subir le même sort. La destruction est le grand dieu de ce monde, où la vie n'est produite que par la lïlort. N'ayez aucun avenir. Traînez, comme vous pourrez, votre misérable i^ie, jusqu'au moment où un trépas non prévu viendra vous saisir. Du moins vous n'aurez pas les vains tourments de l'inquiétude qui attend d'inévitables douleurs. Voyez tout ce qu'a fait l'homme pour désarmer d'inflexibles divinités! Ce n'est pas assez de sacrifices d'animaux innocents, il a voulu supplier par son propre sang, par le sang de ses enfents! Et peut-être encore a-t-il été trop économe de ces sacrifices barbares! Et peut-être la rançon a-t-elle été trouvée trop chétivQ ! Les fléaux sous lesquels vous avez été broyés ne sont-ils pas, en efFet, un signe de colère? Toutefois, je ne suis point prêtresse, mes mains sont pures; elles resteront pures! Je le sais, de nouvelles destinées commencent, et je ne puis y lire. Jupiter, le jeune destin, vient de naître dans la Crète. Saturne, l'ancien destin, le vieillard qui se nourrit de ses propres enfants, vient d'être détrôné dans le ciel. Je le sais, mais je ne puis prédire; et les terreurs continuent d'habiter Itaon sein. Tu veux abolir les sacrifices de victimes humaines! Je t'admire, poëte divin, mais où trpuveras-tu une autre rançon, puisque celle-ci n'a
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pas même été j^igée suffisante? Crois-moi, tu ne fais que hâter la fin de cette race éphémère que tu crois secourir! Oui, tu dois la secourir, puisque tu la livres sans défense à lennemi implacable qui veut sa mort. Lorsqu'elle n^existera plus,- elle ne souffirira plus. Sans doute, ce n est point là ce cpie tu croyais. Orphée, tu •voudras aller en Crète visiter le berceau du jeune Jupiter ; ce qui , ailleurs, est la science mystérieuse, en Crète, est la scieiice vulgaire: n'est-ce ppint une science méprisable cdjje qui est ainsi abandonnée à tous? Le jeune Jupiter, tu l'espères, sera un dieu plus clément. Je ne veux pas te retenir. L'avenir t'est promis. Quant à moi , mon règne est fiiii. D'autres sibylles, en sympathie avec les cycles nouveaux, vont s'enfparer des croyances humaines, etçouverner les peuples par des superstitions moins sinistres que4es miennes. Une d'elles, la Phémonoé de Riéti, vient 'd'é- . tàblir son prophétique trépied dans le Latium, d'où elle gouvernera les peu pies auxoniens. Une autre erre déjà sur les bords de lacs symboliques, qui furent autrefois des bouches de volcans/ contrée où la nature couvre d'anciens ravages par d'admii'ables beautés; lorsqu'elle aura choisi tin lieu, elle sera connue, dans tout l'univers, sous le nom de sibylle de Cumes. Une autre va s'emparer de Delphes, séjour consacré à Apollon, et qui deviendra la ville sacrée d'un peuple tout poétique.