LIVRE TROISIÈME. io
une molle oisiveté. Tel fat son discours, iiiais il souffrait toutes les peines de lame. Son courag^ë ^ domptait à-la-fois ses sentiments et ses inquiétudes;
Orphée, après avoir enseigné aux Pélasges de. la Samothrace à semer le blé, leur enseigna lart . de la parole organisée en langage régulier ; puis il leur apprit à répéter les chants inspirés parMnémosyne. Les langues sont le lien des intelligences humaines, et créent à leur tour Fintelligence dans Fhomme. La musique ébranle toutes les facultés pour leur donner la vie, et leur imprimer le
mouvettiènt. Ne croyez pas néanmoins, roi pasteur, que les Samiéns fussent entièrement dépourvus de langage; ils avaient conservé, avec une langue sacrée toute mystérieuse, toute composée de formules inconnues à eux-mêmes, puissantes et terribles y quelques restes informes dune langue pri- • mitive, qui avait péri, et dont Orphée retrouva les'éléments; car, ainsi que vous venez de l'apprendre par Fentretien de la sibylle, à une époque fort reculée dans la nuit des âges, la Samothracô avait éprouvé d'horribles catastrophes, dont le. ton venir encore vivant dans de sonftbres traditions, était la seule trace de culte que Fon pût reconnaître. Sur notre malheureuse terre, lliomme est souvent obligé de recommencer le travail de son avancement ; souvent il croit ap-
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prendre pour la première fois, et il ne fait que se souvenir. Mais le bienfait des instituteurs des peuples est toujours aussi grand. Toujours ils en sont récompensés par l'apothéose; et les dieux, dont ils furent inspirés, confirment les suffrages des peuples.
Lorsque le blé fut parvenu à la maturité , Orphée montra aux Pélasges Fart de le recueillir, de le réduire en poudre, de le pétrir, d'en faire le pain, aliment nouveau qu'ils savouraient avec délices. Il dirigea ensuite leurs travaux pour augmenter la fertilité de la terre. Par lui , ces peuples surent bientôt construire des charrues semblables à celle de Triptolème. Il leur fit façonner des contres armés d'un fer aigu, en employant le feu que Prométhée avait donné aux hommes. Le bœuf, utile compagnon du laboureur, fut dompté et soumis au joug, et la précieuse semence fut jetée dans de profonds sillons, pour produire au centuple. Dans des hymnes sublimes, qui alors cornmehcèrent à retentir parmi les campagnes agrestes, et qui , plus tard , feront résonner la voûte des temples magnifiques, le poëte divin disait Tinfluence des signes célestes , la succession des saijSons, les préceptes de l'agriculture, lès œuvres et les jours. Les oreilles, naguère si ignorantes, de ces peuples étaient devenues dociles à une telle harmonie. Ne vous étonnez point, Éyandre, de