‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 82 sur 221 · LIVRE TROISIÈME. ii · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. ii

sëes, des mouvenrents les plus involontaires du cœur, Némésis venait de se réveiller. Le mystère de mort qui reposait dans le nom d'Orphée étend ses noires ailes sur la fille merveillelise de la vision, vision véritable, qui ne parut qu un instant sur la terre.

D'une main tremblante, celle qui veut être initiée reçoit des mains du poëte le voile tisftu par réponse d'un Titan : ce voile, emblème d'une science cosmogonique, descend à lon{][s plis sur le visage de la vierge; et ses yeux ont peine encore àsoutenir la clarté du jour.Elleouvre en frémissant la pomme de grenade; les grains vermeils qu'elle renferme brillenj à ses yeux d'un doux éclat.

Orphée, l'ame oppressée à-la -fois par de funestes pressentiments et par une incomparable tendresse, Orphée, prenant sa lyre, se mit à chanter TAmour vainqueur du chaos, le lien conjugal, premier lien de toutes les associations humaines, et ces chants disaient avec une sorte de tristesse pleine de charme : Nous sommes étrangers au milieu de ces peuples naguère obscurs. Eurydice n a point de nobles compagnes qui aient partagé les jeux de son enfance, qui s'empressent autour délie, qui aillent, pour là vierge pure, cueillir des fleurs dans la prairie. Aucune fille de son âge ne viendra, en folâtrant, tresser des guirlandes et des couronnes pour parer la nou-

▼OL. n. 1 5

1 14 J5RPHÉE.

velle épouse. Nulle femme vénérable, instruite dans laustère palingénésie de lliymen, n'est, à ses côtés, {K)ur la révéler à la jeune fille innocente, pour y préparer Fépouse pudique. Les fêtes dont il est si doux d'eMrelopper les soucis d'un changement de destinée, ces fêtes ne sauraient exister pour nous. Noces où les parques absentes sont remplacées par les Muses, pour clore le passé, pour inaugurer Favenir, noces solitaires de deux exilés , soyez notre joie et notre espérance. Ma lyre, qui sut vaincre la barbarie, ma lyre, qui put adoucir les mœurs sauvages des hommes sans loi, ma lyre toute seule suffira pour enseigner ce que les mèrè^ vénérabjies auraient enseigné; elle suffira pour célébrer et pour voiler les ravissantes merveilles de lamour, de la beauté, de la pudeur; et les airs qui exhaleront leurs mille parfums, et les voix harmonieuses des sphères étoilées qui veillent sur nous seront toute notre pompe nuptiale. Rosées fécondes du ciel, tombez sur les jeunes guérets; et vous, trésors de Timmortalité, soyez confiés au chaste sein de la nouvelle épouse. Hélas! hélas! les félicités sont-elles faites pour Thomme? La douleur ne sort-elle pas de la source même des plaisirs? Quel trouble vient obscurcir de tix)p enivrantes espérances? Le bonheur accablerait-il donc aussi le cœur de Fhomme? Pourquoi ce moment est-il, à-la-fbis, si plein de

Page 1