LIVRE TROISIÈME
mense tristesse les cieux qui nont rien changé à leur immortelle splendeur.
Ainsi les chants de lliymen devinrent, à l'instant même, des chants de deuil. Le lit nuptial de la vierge fut un tombe^. Les Pélasges assistèrent', en pleurant, aux fiinérailles d'Eurydice; mais Orphée, qui voulut chercher sur sa lyre in* spirée, les sons d'un vain désespoir, n'y trouva tjue les sons extatiques de l'immortalité et de l'apothéose.
Ouvrez-vous, barrières étemelles, ouvrez-vous devant celle que la mort a frappée en vain ! Une créature qui aima, dont la pensée subsiste après elle, une telle créature peut-elle cesser d'être? Cette vie de ma vie pourrait-elle être éteinte, et moi continuer d'exister? Intelligences, ses sœurs, préparez un trône de gloire à votre .compagne immortelle, qui apparut un instant sur la terre, qui apparut sous une forme périssable, devenue par elle une forme divine! Elle est restée pure comme l'une devons! Qu'elle entre de suite, avec vous, dans les chœurs des danses célestes! Elle est sans tache, et le beau vêtement qu'elle vient de quitter est sans tache comme elle ! Les hommes ont entendu sa voix, mais sa voix seulement, cette voix qui savait leur faire comprendre une autre patrie , la patrie d'où cette divine étrangère était venue, et où elle devait sitôt retourner!
ii8 ORPHÉE.
Ah ! plus que les autres hommes, j ai connu la divine étrau^hre, et son regard na daigné tomber que sur moi ! Ne pleurez pas ! c est à moi seul de pleurer, encore comme on pleure une absence qui doit finir, comme^n se plaint d un exil qui touche à son terme, comme on regrette un hôte ami qui est venu nous consoler dans notrQ.exil, et que nous devons retrouver! Lumière du soleil, lumière des astres de la nuit, vous voulez encore éclairer mes pas comme vous avez éclairé les siens! D'autres astres versent luie autre lumière pour éclairer maintenant ses pas, pour éclairer bientôt les miens! Astres inconnus, je vous salue d'avance ! Hôtes passagers , qu étions-nous avant d être ici-bas? Que serons-nous après? Pensée de Thomme, qu'étais -tu avant d'être la pensée de l'homme? N'étais-tu pas déjà une pensée étemelle? La mort est-elle autrechose qu'une initiation douloureuse? Et la vie elle-même n'est-elle pas une initiation? Eurydice! Eurydice! tu es toujours la fille de la vision , mais delà vision éternelle! Tu es l'inspiration de la justice! Pompe nuptiale! emblème cher et cruel d'une union éphémère, qui devait précéder l'union sans fin, voilà donc ce que tu voulais me révéler! Oh! que je me presse daller où elle est allée ! Dieux ! daignez me dire comment je puis me hâter pour accomplir plus tôt ce que vous exigez de moi, et, libre, arriver enfin à