LA THRACE
Œagrius, roi des Odrysiens, m'accueillit avec bonté dans sa cour barbare, et composée de guerriers, ses égaux, dont il était le chef redouté. La pensée du poëte divin que je m'étais imposé la tâche de suivre , en quelque sorte , sur la trace de ses pas, cette pensée fut le lien qui nous réunit dès le moment où je fus admis à son foyer hospitalier. Je racontai à ce roi sans sceptre héréditaire, sans souveraineté sur le sol, je lui ra^ contai l'histoire des premières années, des pre* miers travaux, des premières douleurs d'Orphée, telle que je lavais apprise des prêtres de la Samothrace, et telle que je viens de vous la dire, vénérable Evandre. Ce récit fut pour Œagrius une source d'étonnement et d'instruction ; il ne savait que les prodiges dont il avait été témoin, les bienrfaits qu'il avait reçus. Jamais, me disait-il, jamais
dans ses entretiens les plus intimes, le poëte inspiré ne m'a rien appris sur lui-même; je n'ai point cherché non plus à pénétrer les secrets de son ame sublime. Je le sentais trop élevé audessus de moi, pour que je me crusse permis de l'interroger sur les choses qu'il croyait devoir me taire. J'ai aperçu en lui une tristesse profonde, mais j'en ai toujours ignoré la cause, et je ne l'attribuais qu'à son génie sérieux, ou plutôt, il était un demi-dieu pour moi. Je ne lui ai point entendu prononcer le nom d'Eurydice; sans doute, ce nom sacré ne venait sur ses lèvres que lorsqu'il se réfugiait dans la solitude, soit pour se livrei' à' de graves méditations, soit pour s'abandonn6f^ en liberté à sa douleur. Vous^avez pu voir^Thamyris, nîe disËÎt-il encore, vous avez pu voir combiëfi est florissant l'empire étroit que les dieux m'ont donné à gouverner. Cette contrée aride et mod^ tagneuse, en un instant, a charigé d'aspect.* TdHt est dû à Orphée. C'est lui qui a civilisé méê jlèitples, qui a courbé leurs fronts sous le joug des loift^ Auparavant, je n'avais d'autre empire sur eux que celui de la force et du courage. Mon ad* cendant était dans mon bras, dans moti ^didn pour tous les obstacles, dans fnon regai^' in^ flexible. Ma voix les faisait trembler; ils m'obfid-t saient, parceque je les surpassais en mœars fà» rouches et féroces; ils me suivaient au sem des