‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 89 sur 221 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

dangers, parceque je m y précipitais aveuglément le premier; dans la guerre, si toutefois on peut appeler guerre de tels combats, ils reconnaissaient leur chef à ses fureurs et à la «ûreté de ses coups. D ailleurs, vous le savez, et je lai compris à mesure que mes facultés se développaient, il y a, dan» les hommes, une disposition à Tordre social, un goût inné d'harmonie, qui les fait se soumettre au pouvoir, dès que le pouvoir se présente avec la confiance en lui-même, *^ et cette confiance vient des dieux. Lautorité est une inspiration. Ainsi ies peuples m obéissaient, mais ils m obéissaient eh frémissant. Le fait n'était point sanctioniié par le droit, ni Tobéissanee par Tassentiment; le lien qui unit les peuples et leurs chefs n'était point* formé, et les chefs, aussi bien que les peuples, en ignoraieilt le mystérieux tissit. Du moins , c'est ainsi qu Orphée ma, depuis, expliqué la nature démon empire. Je n'étais donc ]>oint roi; le pou« voir que j'exerçais était un pouvoir sans nom^ SADS si^e, sans limite, sans durée. J'ai été fiiit ro par Orphée , en même temps que les Odrysiens sont devenus réellement un peuple, car le pouvoir et l'obéissance ont une même origine. O'^est' la contrée la plus $pre qui a produit tous les en^ chantements de la musique; c'est la langue bar^ bafe qui est la langue religieuse.

Apprenez maintenant , ô Thamyris, comment

les choses se sont passées. Vous m'avez dit que le poëte divin était apparu à Eurydice, du sein de la tempête; à moi, cest au sein de la bataille, orage bien [dus terrible, et la bataille n'avait d autre motif que celui de nous disputer la terre, où nous étions trop pressés. JNous étions tous engagés dans la forêt de Dodone. Les arbres prophétiques poussaient de sinistres gémissements. Les dieux du silence et de Tefifroi semblaient proférer d^ menaçantes imprécations. Le fer nous était inconnu; les rochers et les troncs des arbres étaient toutes nos armes, et nous n avions d autres vêtements que les peaux des bêtes tuées par nous. Des nuées de vautours étendaient leurs noires ailes sur nos têtes nues. Des troupes de loups affamés nous entouraient. Vous eussiez dit le combat des géants, ébauches grandes et infermes de lliomme, et nés spontanément de la terre. Mais voici un autre spectacle, spectacle épouvantable, dont vous ne pouvez vous faire aucune idée. Un instinct féroce nous portée nous servir du feu qui venait de nous être révélé. Était-ce pour un tel usage que le sage Titan lavait donné à la racemor- ^telle? Mais aussi n était-ce pas déjà un acte de Fintelligence humaine, encore si grossière? Des brandons jetés par nous au milieu de lantique forêt allument tout-à-coup un vaste incendie. Les loups se retirent en hurlant, les vautours épouvantés

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