‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 90 sur 221 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

senfuient dans leurs aires. Nous restons seuls avec notre rage, et lorsque la nuit descendit sur la terre , nous continuâmes de nous écraser à la lueur des flammes. Nos femmes, nos enfants, les femmes, les enfants de ceux contre qui nous combattions, chassés de leurs retraites par le feu dévorateur, cherchent un refuge au milieu de cette scène de désolation, et se précipitent pélemèle sous les pieds des combattants. Je sentais une terreur intime et profonde, je craignais que cette race, âpre comme la contrée, et issue de cette race forte qui avait dompté les éléments, ne fut destinée à périr. L'homme n'aurait donc fait que paraître sur la terre, et il n'aurait paru que pour s'exterminer ! non,dîsais-jeenmoi-méme,une si cruelle destinée ne s'accomplira pas ! Dieux qui avez fait l'homme, sauvez-le de ses propres aveuglements!

Il est impossible de prévoir ce qu'eût été l'issue de cette horrible bataille, si le carnage aveugle > n'eût été subitement suspendu par un prodige. Des sons d'une harmonie irrésistible vinrent se mêler aux cris inarticulés de la fureur, aux hurlements du désespoir, et les calmèrent comme par enchantement. On eût dit que les nuées ouvraient leurs rideaux d'azur pour verser sur nous la paix des cieux. Notre oreille, à peine façonnée, n'avait jamais entendu de tels sons; nous n'étions

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