LIVRE QUATRIÈME. . i3J
l;efois, ajoutait-il, ce n est pas le bonheur que j apporte aux hommes, c est la puissance dn progrès. Au- reste, qu'importe que lliomme soit heureux, pourru quHl soitgrand !
Fils vaillant de Tharops, je dois të Fappréndre pour ton instruction , j ai voyagé dans les royaumes de la solitude, dans les lieux où Thomme, avant moi, n avait jamais imprimé ses pas. Jai traversé des forêts immenses dont les animaux sont en pleine possession , sans doute de^is Torigine du monde. Oui, la terre, il est permis de le ci'oire d'après d'irrécusables témoignages, la, terre, durant bien des siècles, fut tout ^entière babitée par les animaux: alors c'était vraiment une vaste solitude, puisque lliomme n'y étaitpas; c'est sur les animaux muets que l'homme, doué de la parole, a dû conquérir son domaine.
Ainsi, Œagrius, j'ai voulu savoir ce qu^était la terre lorsque l'homme ne l'habitait pas encore^ lorsqu'il ne l'avait pas encore façonnée à ses bé^^" soins.
Sitôt que l'homme, à peine sorti de la pensée devPieu, a voulu visiter i'empire cfai lui a été donné , sitôt qu'il a voulu faire -pénétrer la lumière du jour dans une forêt, asile de Faiitique obscHrité, tous les génies de Fair, d^i sol, de Teau, des éléments, se sont conjurés pour résister à l'audace de l'homme naissant?
i36 ORPHÉE.
Mais le décret divin était rendu.
Crois-tu, OEag^us, que lliomme ait été placé debout sur la terre, seulement pour faire fiiir les animaux devant lui, }X)ur essarter péniblement les vastes forêts? Non , c'est pour qu'il y eût un contemplateur des merveilles de la nature, c est pour qu il y eût une intelligence qui comprît ces merveilles. Enfin si Dieu a fait sortir Thomme de sa pensé, c est pour avoir un adorateur.
n faut donc que lliomme adore les dieux, s*il veut accomplir sa destinée.
Les bienfaits des dieux à Fégard de Tbomme sont donc au prix de ses sueurs et de sa reconnaissance.
Achevons notre conquête sur la solitude; mais tous les animaux ne doivent pas fuir la présence de lliomme; quelques uns d entre eux sont destinés à devenir ses serviteurs, et presque ses compagnons.
« Fils de Tharops, tu as bien des choses à apprendre.
En parlant ainsi, Orphée me donna quelques grains de cette semence précieuse dont il venait de me vanter les innombrables bienfaits, et, poiur mieux graver dans ma mémoire Fart d'ensemencer la terre, il chanta les préceptes de cet art si nouveau et si utile. Il chanta les siècles à venir, lame immortelle. Dieu créateur de lliCHnme. Je