‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 95 sur 221 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

sentais le prodige de la transformation s'opérer en moi ; mon intelligence entrevoyait dëja un horizon sans bornes.

Il me dit encore ces mots que j'ai peine à comprendre : Les peuples qui refuseront le bienfait du blé seront dits les mangeurs de tortue, pour exprimer qu ils se nourrissent sevilement de chair.

Us se nommeront amazones, c'est-à-dire privés du pain. Ces peuples d'amazones, sans passé, sans avenir, sans terre identifiée à eux par la culture, ces peuples éphémères, qui auront repoussé le principe actif et progressif, seront considérés comme des peuples de femmes, par ceux qui auront acquis le blé; et le pain, qui est la force de lliomme, recevra, par la suite, des formes différentes, selon la nature différente de l'homme à qui il sera destiné. Le pain sera donc une nourriture, et la forme qu'il recevra, un symbole.

Après avoir demeuré une partie du jour syr la colline des merveilles, écoutant alternativement les "préceptes et les chants des muses, je descendis tenant Orphée par la main. Les peuples se prosternèrent à nos pieds. Lvii, le héros pacifique, fit entendre quelques accords harmonieux; puis, détachant le léger et riche tissu de soie et d'or qui flottait autour de la lyre civilisatrice, il en fit le bandeau royal dont il ceignit ma tête, dont il entoura mon front. Il me salua roi des Odrysiens,

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et les peuples, à leur tour, me saluèrent de leurs acclamations.

Cependant Fincendie continuait ses ravagées dans la forêt. Mille cris confus, mille gémissements plaintifs en sortaient à-Ia-fois. Ne vous inquiétez point, disait avec calme le divin Or^^ée. Parmi tous ces cris, parmi tous ces gémissements, nous ne distinguons aucune voix humaine. J'en jure la puissance qui m'est donnée, nul de nos

semblables n'est dans la détresse en ce moment.

QuHmporte donc que les bêtes féroces soient sans tanières? Il faut que le domaine de lliomme s'agrandisse. Cette terre , ravagée par le feu , sera plus facilement défrichée; de verdoyantes novales, des moissons jaunissantes, des prairies embaumées remplaceront ces tristes forêts, ces bois terribles que l'incendie dévore. Les dieux de la superstition et de la peur fuiront aussi ces retraites profondes, restées jusqu'à présent inaccessible» aux regards du jour. Les dieux sans noms doivent être remplacés par des divinités qui auront un nom. La sombre horreur, l'obscurité immense n'auront plus d'asile.

Ainsi me parlait Orphée, et la multitude inquiète se pressait autour de nous, en poussant de plaintives clameurs. Elle ne put être, encore une fois, calmée que par la lyre divine. Nous marchons quelques instants au milieu d'elle, et îbous

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