‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 96 sur 221 · LIVRE QUATRIÈME. iSg · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. iSg

ne la quittons que pour lui laisser le soin de chercher sa subsistance ordinaire, nourriture misénloAe dont elle se contentera jusqu'à laccomphssement des promesses.

Ensuite Orphée m entraîna de nouveau sur la colline. J'y demeurai trois jours livré à ses doctes entretiens, à ses sublimes instructions. De temps en temps, d'harmonieux concerts calmaient lagitation des peuples, en leur apprenant que nous ne les avions pas délaissés.

Orphée prolongea son séjour parmi nous une année toute entière; et cette année ne fut qu'une suite non interrompue de prodiges. Il nous apprit successivement Fart de se vêtir, celui de se mettre à l'abri contre Fintempérie des saisons, celui enfin dapprivoiser les animaux domestiques. Puis il nous enseigna peu à peu cette langue des Hellènes qui devait remplacer le langage grossier et inarticulé des Pélasges, reste imparfait dune langue antérieure qui ne pouvait plus suffire à nos nouveaux besoins, aux libres développements de l'intelligence.

Il fonda les institutions qui nous régissent. Il marqua les signes dans le ciel, et leurs rapports avec nos travaux sur la terre. Il nous raconta lliistoire des anciens jours. Il nous donna, en même temps, la religion des tombeaux, la religion des mariages, la famille, le passé et l'avenir.

i4o ORPHÉE.

Ici, vénérable Ëvandre, Œagrius ne craignit pas (1 entrer avec moi dans tous les détails d une législation rude et restreinte, qui ne pourrait vous offrir aucun enseignement profitable; je m abstiendrai de vous les faire connaître. On vous a dit, sans doute, qu Orphée avait apporté, dans cette contrée, le culte de Bacchus, c'est-à-dire le culte du principe actif de l'univers, comme Cérès en est le principe passif. Bacchus est le dieu de Fémancipation plébéienne; dans ses courses civilisatrices, il allait, promettant à tous l'isopolitie et Fisonomie. Je pourrais vous dire plus, Évandre, si CEagrius, qui s'est expliqué sans réserve avec moi sur toutes les choses de la société civile, n'avait mis une défiance extrême dans la communication des choses de la société religieuse; il m'a montré le faisceau , mais il m'a caché le lien sacré qui fait le faisceau. Il craignait de trahir les mystères des barbares, mystères si profonds et si primitifs. Je ne puis donc que former des conjectures à cet égard. Je crois qu'Orphée fonda seulement un culte secret, pour dispenser avec mesure l'instruction des peuples. Il avait cru peut-être que la pensée de Dieu avait besoin d'être divisée pour être comprise; et d'ailleurs, la j)ensée de l'homme étant successive, la pensée de Dieu, pour s'assimiler à la pensée de Thomme, devint successive ellemême: Dieu fut dispersé dans ses attributs. Le

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