LIVRE QUATRIÈME. i4i
culte secret fut le gardien de la pensée première, Finsondable unité. Le culte public ensuite s'est enté lui-même sur le culte secret; bientôt se sont formées les orgies sacrées; des ménades vinrent d'Argos pour ajouter, par la grâce et la vivacité de leurs danses légères, à la pompe des cérémonies; et Orpliée lui-même, qui, plus tard, a vu des changements si rapides, a porté tous ses soins k conserver la pureté du culte secret, et à tempérer les accroissements du culte public. Et cependant remarquons, pour notre instruction, que les peuples de la Thrace, sortis tout-à-coup de leur abrutissement, ne lïirent point partagés en plusieurl classes : chez eux le dépôt des dogmes et des doctrines fut confié à des prêtres, et non à un patriciat sévère. D'autres trouveront une telle initiation incomplète; et je crains qu'un développement trop rapide ne puisse porter tous ses fruits. N'en accusons point Orphée; il ne pouvait établir des limites et des ^n^ades au sein d'une multitude égale dans ses ignorances, ou plutôt il ne le voulut pas. Quoi qu'il en soit , il ne faut pas croire que tout fût à créer autour de lui ; nulle race n'est, sur la terre, dans un dénûment absolu de traditions. Pour les peuples, ainsi que pour les hommes, imprimer un mouvement à Tintelligence, c'est ébranler la mémoire. Revenons maintenant, SiigeEvandre, aux discours que me tenait OËagrius.
i43 ORPHÉE,
Mon grand âge, me disait le roi des Odry siens , la barbe blanche qui couvrait ma forte poitrine , me défendaient de donner le nom de père à Orphée, tout brillant de jeunesse, et ce nom de père, çaus doute, il Favait bien mérité ; j'osai donc l'appeler mon fils. Un jour que je lui adressais des actions de grâces pour la paix profonde où nous vivions, il me dit: Roi d'un peuple nouveau, je dois vous apprendre que la guerre est une des plaies inévitables de l'humanité. Ces combats affreux, où je vous ai surpris, étaient-ils autre chose qu'une première secousse donnée à vos fticultés jusqu'alors ignorées de vous-mêmes? Vous ne tarderez pas de savoir que le commerce et la guerre sont des voies de civilisation. L'état social manifestant les besoins de l'homme, et partageant les moyens de les satisfaire entre ceux qui sont réunis dans l'association, il en résulte un échange nécessaire pour répartir les fruits des travaux divers dans la même contrée. De là le commerce dans l'intérieur d'un pays. Cette cause, et celle qui résulte de la variété des productions qu'offrent les différents climats de la terre, formeront bientôt le commerce extérieur. L'Asie et l'Europe comm€i|cent à se mêler. Il viendra un temps où nul qUmat ne sera étranger l'un à l'autre, où toutes les mers se communiqueront entre elles. La guerre elle-même, qui semble être le résultat de la bar-