LIVRE QUATRIÈME. i
barie d'où vous sortez, est quelquefois uu effet terrible de la civilisation , el sert à ses progrès. Elle produit des circonstances qui obligent Hiomme à connaître, à déployer des sentiments d\in autre ordre, à braver les dangers, à faire le généreux sacrifice de sa vie, non par dédain pour Fexistence, mais par vertu. La guerre aussi est un échange de facultés et de sentiments. Mais il sortira de la guerre une autre sorte de justice; elle sera soumise à des règles ; les dieux seront pris à témoin avant de la commencer; elle se déclarera par des hërauts inviolables; la paix qui la suivra sera cimentée par des alliances, par la foi jurée; Fhumanité triomphera d'un courage brutal ; le vaincu ne sera point misérablement égorgé; enfin il y aura un droit de paix et de guerre, un droit qui régira les peuples entre eux, comme, dans chaque peuple, il y aura un droit qui régira les rapports des hommes d'une même association; et cette association sera la patrie. La propriété, la famille, la patrie 9 le pouvoir, Tobéissance, sont créés en même temps; et toutes ces clioses contiennent à-lafois mille douceurs et mille amertumes, sont des gagnes tour-à-tour dagitation et de tranquillité. Ceci , je vous le dis dès à présent, pour ne pas vous laisser ignorer que le calme dont vous vous réjouissez avec raison ne peut être durable. L'état social n'est point un état de re|X)s; c'est le plus
i44 ORPHEE.
souvent un état d'orage et de grande souffrance; c'est un moyen employé par la providence des dieux pour perfectionner Thomme. Le bonheur n^est pas le but de la race humaine.
Pendant que le poëte prophète me dévoilait de telles destinées, il ne me semblait point qu'il me racontât des choses nouvelles, mais bien plutôt qu'il réveillât en moi des souvenirs profonds qui étaient la portion la plus intime de mon être. La puissance de dynastie fut ma vertu humaine. Toutefois, je dois le dire, avec le sentiment modeste de mon infériorité, je n'ai point deviné l'énigme du Sphinx, qui est le secret perpétuel des races royales; elle m'a été apprise. Le sceptre, symbole éclatant, fut remis en mes mains; mais il m'a été confié, et, quoique je connaisse le nom de mon père, ma race commence à moi.
Lorsque Orphée se retira du milieu de nous, il ûe nous abandonna pas entièrement. Il allait visiter tantôt sa chère Samos, dont vous m'avez dit les poétiques créations , tantôt les sages de Pergame, tantôt ceux de la Crète; tantôt il allait étudier lies phénomènes de l'île, naguère flottante, de Délos; ensuite il revenait sur nos rivages, pour surveiller, diriger, encourager les progrès de l'état social, et pour envoyer des coloûîes de civilisateurs dans le reste de l'archipel. On croie qu'un de ces voyages fiit consacré, dans les souterrains