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d'action qu’à ses actionnaires, leurs droits au delà des dividendes moyens égalent déjà près de zéro. Mais ceci est en partie vrai pour beaucoup d’autres grandes institutions. Elles se socialisent elles-mêmes avec le temps.
Il n’y a pas là que des avantages. Les mêmes causes engendrent un certain conservatisme et un ralentissement dans l’esprit d'entreprise. En fait nous trouvons dans ces cas beaucoup des inconvénients en même temps que des avantages du Socialisme d’Etat. N’empèêche que nous assistons là, jé crois, à une évolution naturelle. La bataille que livre le Socialisme aux bénéfices privés exagérés marque d'heure en heure des conquêtes de détail.
Le conflit, le problème essentiels, ne sont plus là — leur gravité est ailleurs. Et je soutiens qu’il n’y a de problème dit politique qui ait aussi peu d'importance, aussi peu de répercussions sur la réorganisation économique de la Grande-Bretagne que la nationalisation des Chemins de fer, par exemple.
Il est vrai qu'il faudrait que beaucoup de grandes entreprises, telles que les entreprises d’utilité publique, les affaires qui nécessitent de gros capitaux liquides, soient à demi socialisées. Mais gardons-nous d’avoir des cpinions trop arrêtées sur la forme que doivent prendre les socialisations. Profitons des tendances actuelles et sachons préférer des organismes à moitié autonomes, à des organismes d'Etat dont les Ministres d'Etat seraient seuls responsables.
Ce que je critique dans la doctrine du Socialisme d'Etat, ce n’est pas qu'il cherche à mettre les instincts altruistes de l’homme au service de la société, ou qu'il s oppose au laissez-faire ou qu'il conteste à l’homme la liberté de gagner un million, ou qu'il ait le courage d’entreprendre des expériences hardies. Au contraire, j'applaudis à tout ceci. Ce que je critique en lui, c'est son aveuglement pour ce qui se passe actuellement dont le sens lui échappe; ce que je lui reproche, c’est de n'être rien de plus qu’un résidu d’un système imaginé pour ré-
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soudre les problèmes d'il y a 5o ans, système basé sur une fausse interprétation d’une parole prononcée il y a cent ans. Le Socialisme d'Etat du xix° siècle découle de Bentham, de la libre concurrence, etc., et n'est qu’une version par endroits plus nette, par endroits plus confuse de la même philosophie qui inspire l'individualisme du x1x° siècle. Les deux doctrines s’attachent avant tout à la liberté, l’une de façon négative, en voulant prévenir toute atteinte aux libertés existantes, l’autre de façon positive en voulant détruire les privilèges acquis ou naturels. Ce sont deux réactions différentes, baignées de la même atmosphère intellectuelle,
20 J'en viens ensuite à un criterium d'Agenda qui a trait tout particulièrement à des mesures qu'il convient de prendre dans un avenir assez rapproché. Nous devons chercher à distinguer les services qui ont par leur technique un caractère social de ceux qui ont un caractère individuel. Les Agenda les plus impératifs pour l'Etat portent, non pas sur ces fonctions que remplissent déjà les particuliers, mais sur les activités qui se trouvent au delà de la sphère des individus, et résident dans des décisions que personne ne prendra Si ce n’est pas l'Etat lui-même qui les prend. Ce qui importe pour un gouvernement, ce n’est pas de faire ce que des particuliers font déjà, et de le faire mieux ou plus mal qu'ils ne le font; mais de faire ce qui ne se fait pas du tout encore.
Je n’ai pas à exposer ici des projets politiques dans leurs détails, ce qui m'’écarterait du cadre et du but que j'ai choisis. Je me contenterai donc de tirer des exemples de ce que je veux dire, des problèmes que j'ai le plus étudiés.
Nombre des pires maux économiques de notre époque proviennent des risques inhérents à l'incertitude et à l'ignorance. S'il arrive qu'il se crée de grandes inégalités de richesse, c’est que des particuliers privilégiés par la fortune ou par leurs capacités peuvent exploiter l’incertitude et l’ignorance d’autrui, et que les grandes affaires
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ne sont la plupart du temps, pour le même motif, qu'une vaste loterie. Ces mêmes facteurs sont également responsables du chômage, des déceptions sur les prévisions raisonnables des affaires, et d’une diminution du rendement et de la production. Pourtant le remède réside en dehors des décisions des individus; il peut même arriver que les individus aient intérêt à aggraver le malaise. J'estime que pour remédier à cet état de choses, il faut d’une part nettement exiger le contrôle de la monnaie et du crédit par un institut central et, d'autre part, recueillir et propager sur une large échelle, les renseignements indispensables ayant trait à la situation commérciale, en exigeant à la rigueur, qu'une loi asure à toutes les informations commerciales importantes, la publicité qu'elles réclament. De pareilles mesures permettraient à la société de diriger et d'éclairer, par l'intermédiaire d’un organisme approprié, le commerce privé au milieu des difficultés où il se débat, et cependant ne toucherait pas à l'initiative privée et aux sociétés privées. Quand bien même ces mesures seraient insufisantes, elles nous permettraient cependant d'être mieux renseignés sur ce qu’il conviendrait de faire ensuite.
Mon deuxième exemple a trait à l’épargne et ses placements. J’estime qu'il convient de fixer de façon intelligente et d’après un examen coordonné des faits, la proportion de ses ressources qu’il est souhaitable de voir consacrée par la population à l’épargne, et la proportion de l’épargne qu'il convient de placer à l'étranger; et de voir si l’organisation actuelle du marché des valeurs distribue l'épargne selon les voies les plus productives pour la nation. Je ne pense pas qu'il faille laisser entièremént à l'initiative privée et aux bénéfices privés le soin de trancher ces questions.
Mon troisième exemple concerne la population. Le temps est venu pour chaque Etat d'avoir une politique réfléchie en matière de repopulation, et de savoir s'il a intérêt à ce que celle-ci aïlle en s’accentuant ou en dimi-
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nuant. Cette politique une fois arrêtée, 1l s'agit de prendre les mesures indispensables pour qu'elle reçoive som application. Un temps viendra peut-être un peu plus tard où la Société aura à veiller sur la qualité aussi bien que sur le nombre de ses membres futurs.
J'ai cherché dans cette étude quelle action collective pouvait apporter une amélioration technique au Capitalisme moderne. Je n’ai rien trouvé en elle de franchement incompatible avec ce que je considère comme l'essence même du Capitalisme, le rôle de l'argent et de l'amour de l'argent chez l'individu comme levier essentiel du mécanisme économique. Si près de mon but, je ne devrais point m’'égarer vers d'autres champs. Je ferais pourtant peut-être bien de vous rappeler en guise de conclusion que les querelles les plus vives et les opinions les plus divergentes risquent de se manifester au) Cours des prochaines années, non pas à propos de problèmes techniques, qui comportent des arguments d'ordre essentiellement économique, mais à propos de , problèmes qu'on peut nommer, faute de meilleurs mots pour les définir, psychologiques ou encore moraux.
En Europe ou du moins en certains points de l’Europe — mais non pas je pense. aux Etats-Unis — se manifeste une tendance assez répandue à réagir contre l'habitude qu’on a de favoriser, d'encourager el protéger l'amour de l'argent chez l'individu. Faire le moins possible appel à l'amour de l’argent au lieu du plus possible, ne s'impose peut-être pas a priori, mais révèle peut-être des avantages à l'expérience. L'argent joue un rôle plus ou moins important dans la vie des gens, selon la profession qu’ils choisissent, et les historiens peuvent invoquer des sociétés où l'amour de l’argent jouait un rôle encore moins important qu'il ne fait aujourd'hui. La plupart des religions et des philosophies désapprouvent, c’est le moins qu'on puisse dire, un genre de vie où le gain et les avantages personnels tiennent la
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plus grande part. D’autre part, la majorité des hommes rejettent la notion d’ascétisme et ne mettent pas en doute les avantages réels de la richesse. De plus, il leur semble manifeste qu'on ne peut se passer de l’argent en tant que mobile et qu’en dehors de certains abus constatés, il remplit bien son rôle. Aussi l’homme moyen s’abstientil de considérer ce problème et ne sait démêler ses pensées et ses sentiments en ce qui concerne cette maudite question.
La confusion de la pensée et des sentiments mène à la confusion de la parole. Beaucoup de ceux qui en réalité s'opposent au Capitalisme en tant que conception de l'existence ont l’air de lui reprocher son incapacité à atteindre son propre but. Tout au contraire, il y a des adeptes du Capitalisme qui font parfois preuve d’un conservatisme exagéré, et rejettent l’application de réformes techniques qui en réalité pourraient fortifier et maintenir le système de peur que celles-ci ne marquent un premier abandon de la doctrine. Un temps viendra peut-être où nous distinguerons mieux si nous parlons du Capitalisme en tant que méthode économique efficace ou inefficace, ou si nous discutons de ses mérites ou défauts en lui-même. Pour ma part, j’estime que le Capitalisme bien compris est vraisemblablement plus apte que tout autre système connu à procurer des avantages économiques, mais qu’en lui-même, il est à plusieurs points de vue des plus regrettables. Notre tâche est de mettre sur pied une organisation sociale aussi efficace que possible qui n’offense pas notre conception de la dignité de l’existence.
Il faudra que le prochain pas nous vienne, non pas d’une agitation politique ou d’une tentative prématurée, mais d’une pensée réfléchie. Il faut que nous fassions un effort de l’esprit et que nous éclairions nos propres sentiments. [1 arrive actuellement que nos sympathies et que notre raison soient situées de côtés différents, ce qui est à la fois pénible et paralysant pour la pensée.
Dans le champ de l’action, les réformateurs ne triompheront que s’ils parviennent à poursuivre un but précis et défini, en mettant leurs sentiments et leur raison à l'unisson. Je ne vois pas de parti politique actuellement dans le monde qui poursuive un juste but avec de justes méthodes. La pauvreté matérielle incite à des bouleversements, alors que la misère se prête peu à la réussite d’une expérience. La prospérité matérielle annihile la volonté d’entreprendre alors qu'on pourrait justement tenter la chance. L'Europe manque de ressources, |Amérique manque de volonté pour agir. Nous avons besoin de convictions nouvelles ayant pris forme spontanément au contact de nos sentiments intérieurs avec les événement du monde extérieur.
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