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CHANGEMENT DE L'ETAT DE L'OPINION

À l'heure actuelle, en effet, il y a deux opinions. Non pas, comme jadis, la vraie et la fausse, mais l'opinion des gens informés et celle du public; l'opinion du public exprimée par les politiciens et les journalistes, et l’opinion des politiciens, des journalistes et des fonctionnaires, exprimée dans des milieux fermés.

Ceux qui vivent dans des milieux fermés et partagent les convictions intimes des dirigeants attachent à la fois trop et trop peu d’attention à l'opinion extérieure. Trop, parce que, prêts par leurs paroles et leurs promesses à tout lui abandonner, ils considèrent l’opposition franche comme ridiculement vaine. Trop peu, parce qu'ils pensent que leurs propres engagements devant certainement se modifier en temps utile, il est prétentieux, fatigant et inopportun d’en étudier le sens littéral et les conséquences exactes. Ils savent tout cela presque aussi bien que le critique lorsqu'il s’excite en vain sur des résultats qui, de son propre avis, ne pour: ront pas se produire. Néanmoins les déclarations publiques agissent plus profondément que ces murmures souterrains et ces chuchotements bien informés. Ce sont pourtant ceux-là qui permettent à la conviction secrète de se sentir supérieure à l’opinion publique, à l'instant même où elle s’incline devant elle.

Mais il y à une autre difficulté. En Angleterre, — sans doute en va-t-il de même à l'étranger, — il y a deux

opinions publiques. Celle qu’expriment les journaux et celle à laquelle croit chacun de ceux qui constituent la masse. Ces deux degrés de l'opinion publique sont plus proches l’un de l’autre que de l’opinion secrète des cercles autorisés et sont même identiques en quelques points.

Cependant, il y a une différence réelle entre le dogmatisme et la précision de la presse et les croyances vivantes, indéterminées de l'individu. J'imagine que. même en 1919, l'Anglais moyen ne croyait pas à l’indemnité. [ l’envisageait toujours avec quelque sentiment

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de doute intellectuel. Mais il lui semblait que pour le moment cela ne pouvait pas faire de mal de pousser la campagne des réparations. Il pensait aussi d’ après ses sentiments personnels qu'il était mieux de croire à Ja possibilité de paiements illimités qu'à l’idée contraire, 4 en admettant même que ce contraire fût plus plausible. L La récente évolution de l’esprit public anglais est donc - en partie seulement rationnelle et résulte plutôt des événements nouveaux. En effet, en même temps que les sentiments se font moins impératifs, on comprend que la campagne pour les réparations ne pourrait plus aller sans dommages pratiques. Les Anglais sont donc prêts à examiner des arguments dont ils savaient l'existence sans qu'ils les eussent regardés directement.

L'observateur étranger risque de ne pas apprécier à | leur valeur ces impondérables que la voix de la presse ne finit par exprimer. La conviction intime des dirigeants re s'étend à des cercles de plus en plus étendus. C’est la Dr tâche: du politicien moderne de connaître parfaitement Re les trois degrés de l’opinion. Il doit avoir assez d’intel- Re ligence pour comprendre l'opinion secrète des Chefs, assez de compréhension pour découvrir l’opinion publique la plus cachée et assez d’impudence pour exprimer l'opinion de la presse.

Que ces appréciations soient ou non exactes, on ne peut pas douter de la grandeur des changements qui sont intervenus dans l'esprit public au cours des deux … dernières années. Une vic tranquille, dé bons rapports : de voisinage, voilà ce qu'on désire par-dessus tout. La folie belliqueuse a passé et chacun veut conformer sa conduite à la réalité des faits. C’est pour ces raisons que le chapitre des réparations du Traité de Versailles ee tombe en pièces. Il est peu probable que nous voyions jamais Îles conséquences désastreuses de sa mise en œuvre. |

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