‹ Essais de persuasionChapitre 26 sur 120 · Annulation · texte numérisé non relu

Annulation

Qui donc croit que les Alliés exerceront sur l’Allemagne.une pression suffisante, qui donc croit que le gouvernement allemand aura sur son peuple assez d'autorité pour tirer d’un travail asservi un éternel tribut? Il est impossible que nous poussions cette politique jusque dans ses dernières conséquences. Mais, s’il en est ainsi, faut-il désorganiser pour deux ou trois ans notre commerce et notre industrie d'exportation; faut-il à plus forte raison menacer la paix européenne}

Les mêmes principes s'appliquent, à une exception près, aux Etats-Unis et au remboursement des dettes des Alliés. Les entreprises américaines ne souffriraient pas tant de la concurrence que pourraient créer les ventes à bon marché réalisées par les Alliés, pour faire face à leurs Gbligations, que de l'impossibilité où se trouveraient les Etats européens d’absorber la proportion habituelle des exportations des Etats-Unis. Les Alliés se procureraient de l’argent pour payer l’Amérique, non pas tant en vendant davantage, qu’en achetant moins.

Le fermier des Etats-Unis souffrirait davantage que l'industriel. Il est en effet possible de diminuer des importations par un tarif prohibitif, mais il n’est pas si facile de stimuler des exportations décroissantes. Cependant, tandis que Wall Street et la région industrielle de

l’est sont prêtes à accepter un remaniement des dettes, il paraît que l’ouest et le sud s’opposent à cette politique.

Pendant deux ans l’Allemagne n'eut à effectuer aucun paiement en argent comptant, aux mains des Alliés. Au cours de cette période, les industriels de Granderetagne ne parvinrent pas à voir les conséquences qu'auraient Îles premiers versements. Les Alliés n’ont encore eu à effectuer aucun paiement, argent comptant, aux mains des Etats-Unis et les fermiers américains comprennent aussi peu que les fabricants anglais le préjudice que leur causerait toute tentative sérieuse de remboursement de la part des Alliés.

L'argumént décisif, pour les Etats-Unis comme pour la Grande-Bretagne, n’est pas tant le préjudice (qui diminuérait avec le temps) causé aux intérêts particuliers, que l’invraisemblance du remboursement intégral des dettes, même si, pendant quelque temps, une effort était fait dans ce sens. J’insisie sur ce point, non seulement parce que je ne crois pas que les nations européennes soient capables de payer, mais aussi parce que le problème auquel dans tous les cas les Etats-Unis auront à faire face, pour établir l'équilibre de leurs comptes avec l’ancien monde, est extrêmement difficile.

Les économistes américains ont soigneusement étudié les statistiques qui correspondent aux modifications de la situation depuis la guerre. D’après leurs évaluations,

ses placements à l'étranger rapportaient à l'Amérique:

des intérêts plus considérables qu'elle n’en doit, indépendamment des intérêts des dettes interalliées: de même sa marine marchande est créancière de l'étranger. L'excédent annuel des exportations de marchandises américaines sur les importations est voisin de 3 milliards de dollars tandis que, — dans l’autre plateau de la balance, — les paiements que les Etats-Unis effectuent cn Europe, — dépenses des touristes et traites, — sont inférieures à 1 milliard de dollars par an. Pour équili-

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