‹ Essais de persuasionChapitre 27 sur 120 · TAC · texte numérisé non relu

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brer ce compte, les Etats-Unis doivent donc fournir au

reste du monde, d’une manière ou d’une autre, une somme annuelle d'environ 2 milliards de dollars qui serait majorée de 600 millions de dollars si les intérêts et le fonds d'amortissement de Ja dette des Etats européens étaient payés.

Il en résulte donc que les Etats-Unis doivent actuellement livrer au reste du monde. et principalement à l'Europe, une somme approximative annuelle de » milliards de dollars. Heureusement! pour l’Europe, l'achat de monnaie de papier dépréciée en représente une assez forte proportion. De 1919 à 1921 les pertes des spéculateurs américains ont alimenté l’Europe; mais il serait imprudent dorénavant de compter sur cette source de revenus. Pour un temps, la politique d'emprunt aplanit la situation; mais elle risque de l’aggraver, au fur et à mesure que s'élèvent les arrérages.

Les puissances commerciales ont toujours consacré:

des fonds importants au commerce d'outre-mer, Mais Ja pratique des placements à l'étranger, telle que nous la connaissons, constitue une combinaison toute nouvelle, très instable, et ne convenant que dans certaines circonslances, Par cette méthode, une vieille nation peut assurer à un nouvel Etat un développement qu’il ne pourrait pas atteindre par ses propres moyens. Cet arrangement risque de profiter aux deux pays, et le prêteur peut

‘espérer être payé par d'importants bénéfices. Mais la

situation ne peut pas se renverser. Si des « bons européens » sont émis aux États-Unis sur le modèle des «bons américains » qui circulaient en Europe au xIx° siècle, il n’y aura pas d’analogie véritable. L'intérêt sera payé à l’aide de nouveaux emprunts, tant que les

emprunts seront possibles, et l'édifice financier conti-

nuera à s'élever jusqu’à ce que l’on se rende compte qu'il ne repose sur rien. Les capitalistes américains ont refusé d’acheter les bons émis par l’Europe : ils n’ont fait qu’agir avec bon sens, À la fin de 1919, je préco-

nisais dans les Conséquences économiques de la Paix un emprunt de la reconstruction, émis en Amérique sous la condition que l’Europe le consacrerait à se réorganiser, Au cours des deux dernières années, quoi qu’on en dise en Europe, les Etats-Unis nous ont consenti des prêts très considérables, plus considérables que la somme que j'envisageais, Aucune condition spéciale ne fut attachée à ces emprunts, dont le montant fut en grande partie gaspillé. Ils furent cependant utiles à l’Europe, aux jours critiques qui suivirent l'armistice, Mais la poursuite de cette politique ne peut pas fournir de solution à la situation créée par le déséquilibre des comptes de l’Europe et de l'Amérique. Une solution pourrait se trouver si les Etats-Unis jouaient le rôle — tenu jusqu'ici par l'Angleterre, la France, et à un moindre degré, l'Allemagne — de banquiers des nations nouvellement constituées, telles que les colonies britanniques et l'Amérique du Sud. La Russie d'Europe et d'Asie peut être également considérée comme une terre vierge susceptible de fournir aux capitaux étrangers des débouchés intéressants, Les capitalistes américains feraient mieux de prêter à ces pays, comme le faisaient les Anglais et les Français, que de continuer à prêter directement aux vieilles nations de l'Europe. Il est peu probable cependant, que cela suffise à combler le fossé, Il faut, en fin de compte, que l'équilibre des exportations et des importations se rétablisse. Les Etats-Unis doivent acheter davantage et vendre moins. C’est là leur meilleur moyen de manifester leur générosité vis-à-vis de l’Europe. De deux choses l’une : ou bien, — si le federal reserve board laisse l’afflux d’or produire ses effets naturels, — les prix monteront plus vite en Amérique

qu'en Europe, ou bien les changes européens se dépré-

cieront au point que l'Europe, incapable d’acheter, réduira ses importations aux seuls articles strictement nécessaires, Ce qui reviendra au même. Tout d’abord, l’exportateur américain, hors d'état d'arrêter tout d’un

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