‹ Essais de persuasionChapitre 41 sur 120 · NE · texte numérisé non relu

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taux qui entraîne la Déflation .Le franc n’a jamais valu moins (en or) que le taux choisi aujourd'hui, sauf au cours des douze mois mouvementés de décembre 1925 à novembre 1926 lorsque les prix à l'intérieur n'avaient pas le temps de s’ajuster aux folles fluctuations des changes. De plus, le budget s’équilibre avec le poids des rentes, supportable pour le contribuable au taux actuel. Je ne vois donc aucune raison valable de choisir un chiffre inférieur,

A-t-on choisi un chiffre trop bas? C’est là-dessus que portent surtout les critiques en France. Il y a deux criterium qui permettent de l’apprécier. Est-il plus bas que le coefficient auquel se sont fixés les prix intérieurs? Impose-t-il un trop gros sacrifice aux rentiers? L’index officiel des prix, si l’on considère ses chiffres à leur valeur nominale, indique que les prix dénotent une valeur or pour le franc de plus près d'un quart (100 francs pour une livre) que d’un cinquième de sa valeur d’avant-guerre, Mais l'index des prix en France n'est pas très précis, et sujet à des erreurs d’un certain écart; et les deux ans et demi qui se sont écoulés depuis que le franc valait davantage que le taux actuellement choisi suffisent pour permetire un ajustement des prix à la hausse— opération beaucoup plus rapide qu’un ajustement à la baisse. Les loyers naturellement monieront, mais il est vraisemblable que les autres prix ne marqueront qu'une légère hausse, s’il s’en produit, en , Comparaison avec les prix mondiaux or. Quant aux rentiers, puisque les mesures prises entraînent de facto un lourd impôt sur le capital, et qu'il n’y a pas eu de trop fâcheuses conséquences, ce serait peu raisonnable de revenir sans motif sur ce qui a déjà été fait, Trois autres arguments d'ordre pratique sont probablement ceux qui ont entraîné la décision de M. Poincaré. Choisir une valeur plus élevée pour le franc pouvait détruire l'équilibre budgétaire si péniblement réalisé. C’eñt été également gêner les industriels exportateurs — qui

savent se servir de leur influence politique. Et, raison plus tangible que toutes les autres — c’eût été exposer la Banque de France à une perte aux changes d'environ £ 300.000.000 sur les valeurs achetées pour le compte du Gouvernement aux taux actuels. Stabiliser la livre à 100 francs, par exemple, eût pu coûter £ 60.000.000 à la Banque de France, dont une bonne part eût été à des étrangers. Ce sont là des arguments que M. Poincaré et n'importe quel Français sont capables de comprendre.

Ainsi le sort en est jeté. Puisque ainsi disparaît un élément d'incertitude des marchés financiers, et des Bourses du monde, et puisque les importateurs et les fabricants français n’auront plus dorénavant d’hésitation à avoir, 1l se peut que se trouve en partie restauré un pouvoir d'achat qui se trouvait depuis longtemps para- 1ysé. M. Poincaré a donc accompli quelque chose — pour la première fois peut-être au cours de sa carrière — dont nous pouvons tous nous réjouir.

Il est intéressant de rapprocher les différents destins de la France et de la Grande-Bretagne dans la période d’après-guerre. Les autorités anglaises n’ont jamais prononcé autant de paroles à tort et à travers que leur collègue français ni transgressé à un tel point les principes financiers les plus sains. Mais la Grande-Bretagne sort de cette période de transition, avec sa dette de guerre alourdie, ses obligations envers les Etats-Unis non diminuées et une déflation financière qui continue à s’accentuer. Elle supporte les impôts qu’entraînent les premières et le million de chômeurs qui sont la conséquence de Ja seconde. La France, au contraire, a réduit sa dette intérieure des quatre cinquièmes et a obtenu de ses Alliés une remise de plus de la moitié de sa dette extérieure; et en ce moment elle évite les sacrifices qu'entraîne la Déflation. Cependant elle a achevé tout ceci sans perdre quoi que ce soit de sa réputation financière et sans porter atteinte à ses principes capitalistes et conservateurs. La Banque de France en sort bien plus

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forte que la Banque d'Angleterre, et tout le monde a encore l'impression que la France constitue la dernière forteresse de l'épargne laborieuse et de la mentalité rentière. Gertes, cela ne rapporte point d’être vertueux.

Peut-être méritons-nous ce qui nous arrive. La France a renoncé à la fois à ses principes et à tout esprit de suite, mais elle s’est toujours refusée à des sacrifices que l’on pouvait éviter et s'est rangée finalement aux leçons de l'expérience. Nous, en Angleterre, n'avons voulu céder ni aux avertissements de principe ni à la pression des faits, nous contentant d’obéir obstinément aux conventions et à la tradition.

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