UN PROGRAMME D'OUTILLAGE NATIONAL (ÉLECTIONS LÉGISLATIVES, MAI
En dehors d’un bref répit en 1924, avant le retour à l’étalon or, un dixième ou plus de la population ouvrière de ce pays, s’est trouvé sans travail pendant huit ans — fait sans précédent dans l’histoire. — Le nombre de personnes inscrites sur les listes de chômage du Ministère du Travail, n’a jamais été de moins d’un million depuis que fonctionnent leurs statistiques, c’est-à-dire depuis 1923. Aujourd'hui (avril 1929) 1.140.000 travailleurs sont en chômage.
Ce degré de chômage nous coûte environ 50.000.000 de livres par an distribués par les caisses de chômage. Sans compter les secours aux pauvres. Depuis 1921, nous avons dépensé des sommes s’élevant à environ 500.000.000 de livres pour les chômeurs, sans qu'elles nous rapportent quoi que ce soit. Ces sommes eussent suffi à construire un million de maisons, et représentent presque le double des économies placées à la Caisse d'Epargne; elles permettraient de construire un tiers ‘ des routes de ce pays et dépassent de beaucoup la valeur olobale de toutes les mines que nous possédons; et elles suffiraient à transformer du tout au tout l’équipement industriel du pays; ou, pour passer du plus sérieux au plus léger, pourraient doter une famille sur trois d’une
automobile ou constituer un capital suffisant pour permettre à la population entière d’aller pour rien au cinéma jusque dans la nuit des temps. |
Mais le gaspillage ne s’arrête pas là. Il y a les pertes que subissent les chômeurs eux-mêmes, écart entre leur indemnité et leur salaire complet, et surtout perte d'énergie et de ressort moral. Il y a pertes de bénéfices pour les chefs d’entreprises et pertes de contributions pour le Chancelier de l’Echiquier. I1 y a la perte incalculable qui résulte du retard apporté pendant toute une décade au progrès économique du pays tout entier.
Le recensement de la production en 1924 faisait ressortir le chiffre de 220 livres comme représentant la valeur moyenne du produit du travail d’un ouvrier anglais. Si l’on prend ce chiffre pour base, on peut dire que les pertes occasionnées par le chômage depuis 1921 s'élèvent environ à deux milliards de livres qui suffiraient à couvrir deux fois les frais d'installation du réseau entier des chemins de fer anglais. Cette somme permettrait également d’acquitter deux fois notre dette envers les Etats- Unis: elle est supérieure au chiffre global des réparations réclamées par les Alliés à l'Allemagne.
Il est utile de connaître et de méditer ces chiffres, car ils donnent une notion plus exacte de l’ampleur réelle des projets de M. Lloyd George. Il estime qu'un prooramme d'outillage de £ 100.000.000 par an donnerait du travail à 500.000 hommes. La dépense n’est*pas considérable par rapport aux pertes et au gaspillage tous les ans plus inquiétants qu'’entraîne le chômage, comme l’indiquent les chiffres cités plus haut. Elle ne représente que 5 % des pertes déjà accumulées du fait du chômage depuis 1921. Elle équivaut à environ 2 1/2 % du revenu total, En admettant qu’on tente l'expérience pendant trois ans, qu’on v dépense £ 100.000.000 par an et que le tout soit gâché, l'intérêt annuel à servir par la suite, ne représenterait que 2 % du budget. En somme, il s’agit d'un projet des plus modestes. L'idée qu’il comporte de