‹ Essais de persuasionChapitre 44 sur 120 · LUE | A · texte numérisé non relu

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entrainer aucune réelle amélioration pour les chômeurs

ou alors seulement une amélioration passagère ». « Gertaines dépenses d'Etat sont inévitables et même recommandables en elles-mêmes », a-t-il reconnu dans sa conclusion, « mais non en tant que remède au chômage ».

Par rapport à la situation actuelle, cet argument est, à mon avis, inexact.

Tout d’abord, rien dans cet argument ne permet de limiter l’application aux entreprises de l'Etat. S'il à la moindre valeur, il doit s’appliquer pareillement à de nouveaux travaux entrepris par Morris ou Courtaulds, ou à n'importe quelle affaire nécessitant l’apport de gros capitaux, Si la nouvelle se répandait que certains de nos capitaines d'industries lés plus éminents, avaient décidé de se lancer dans de nouvelles entreprises et d'y consacrer, tous ensemble, une somme d'environ 100.000.000 de livres, tout le monde s’attendrait à une sérieuse reprise de la main-d'œuvre, et tout le monde aurait raison, Mais si l’objection dont je parle était fondée, tout le monde aurait tort. Il faudrait se dire que ces hommes d’affaires ne feraient que détourner les capitaux employés par eux à d’autres placements, et qu'il ne pourrait donc en résulter aucune amélioration de l’emploi de la main-d'œuvre, Et même, nous serions amenés à une conclusion encore plus extraordinaire. Il nous faudrait conclure qu’il est vain de chercher un moyen quelconque de redonner du travail aux chômeurs en dehors de l'inflation — à laquelle on ne saurait songer, — et ceci faute de capitaux. Tout cela ne vous déplaise, en Grande-Bretagne, pays qui a des réserves et des économies qu’elle a l’habitude de prêter à l’étranger, s’élevant à plus de cent millions par an.

Cette objection n’a pas le sens commun. Il n’y a pas d'homme, aussi simple soit-il, qui, livré à lui-même,

puisse croire que s’il avait existé des projets de construc-

tion au cours des dernières années, nous aurions tout de même eu le même nombre de chômeurs. Et, partant

de là, la plupart des gens simples sont facilement convaincus que si les projets de M. Lloyd George pour l'emploi de la main-d'œuvre étaient adoptés, il y aurait plus d'hommes qui travailleraient.

Mais l’objection n'est pas seulement peu plausible, elle est également contraire à la vérité, Il y a trois sources d’où tirer de nouveaux capitaux pouvant servir à de nouveaux emplois de la main-d'œuvre.

La première source, ce sont les réserves d’où nous tirons aujourd’hui de quoi payer les chômeurs.

La seconde source, ce sont ces réserves qui actuellement se perdent, faute de crédits suffisants.

La troisième source proviendrait d’une réduction du montant net de nos placements actuels à l'étranger.

Examinons-lés tour à tour en commençant par la première. L’épargne individuelle signifie que certains individus produisent davantage qu’ils ne consomment. Cet excédent peut et devrait servir à augmenter le capital que constitue l'équipement industriel, Mais malheureusement ce n’est pas la seule façon dont il puisse servir. Il peut aussi servir à permettre à d’autres individus de consommer davantage qu'ils ne produisent.

C'est ce qui se passe lorsqu'il y a chômage. Nous nous servons de l’épargne pour payer les chômeurs, au lieu de nous en servir pour équiper le pays. Les réserves que M. Lloyd George emploicrait ne seraient pas détournées de l’équipement du pays mais puisées aux caisses de chômage. Celles-ci, à elles seules, déboursent actuellement £ 50.000.000 par an, et ce n'est pas tout ce que nous coûte le chômage.

En second lieu, l'épargne individuelle ne prend pas forcément la forme de placements. Le montant des sommes investies dans des travaux destinés À accroître le capital national dépend d’une part du montant des crédits accordés par la Banque d'Angleterre, et de l’autre, de l’empressement des entrepreneurs dont le Gouvernement est aujourd'hui le principal à les accueillir: Aussi

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le total des placements qui varie selon les éléments indiqués ci-dessus, est loin d’atteindre toujours le montant de l’épargne; il y a alors un déséquilibre qu'on irouve souvent à la base de nos ennuis.

Lorsqu'il y a plus de spéculation que d'épargne, il se produit une vague de hausse, un emploi accru de la main-d'œuvre et une tendance à l’Inflation. Lorsque la spéculation marque le pas, il y a vague de baisse et chômage anormal comme c’est le cas actuellément.

On répond souvent à ceci qu’une extension des crédits entraine fatalement de l’Inflation. Mais tout nouveau crédit n’entraîne pas l’Inflation. Il ne se produit une Inflation que lorsque nous cherchons, comme pendant la guerre et après, à développer encore plus notre activité alors que tout le monde a déjà trop de travail et que nos réserves se trouvent déjà épuisées.

L'hypothèse selon laquelle une politique de subvention, si elle ne privait pas de capitaux l’industrie privée, provoquerait une Inflation, serait exacte, si nous nous trouvions en période de hausse. Et elle deviendrait vraie, si cette politique de subvention allait trop loin, et demandait à l’épargne plus qu'elle ne peut donner. Mais nous sommes loin, à l’heure actuelle, de pareille hypothèse. Il faut remonter un fort courant de Déflation avant qu'il n'y ait le moindre danger d’Inflation par suite-d’une politique d'expansion. Parler des dangers de l’Inflation à propos de subventions et de financements de la part de l'Etat aujourd’hui, équivaut à mettre en garde contre l’obésité un malade qui se meurt d'amaigrissement.

Le véritable obstacle à une extension de crédits de la part de la Banque d’Angleterre a été la crainte que celle-ci ne mène à des pertes d’or auxquelles la Banque ne pouvait s’exposer. Car si la Banque cherchait à développer le volume des crédits, à une période où, du fait du ralentissement des affaires à l’intérieur, on ne pourrait compter sur J’absorption des crédits nouveaux par nos nationaux au taux existant de l'intérêt, cela pourrait

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arriver. Si le taux de l'intérêt baissait sur le marché, une grosse partie des nouveaux crédits irait à des emprunteurs étrangers, Ce qui aurait pour conséquence de démunir d’or la Banque. Il n’est donc pas prudent pour la Banque d'étendre ses crédits avant d’être sûre qu'il y ait des emprunteurs dans le pays, prêts à les absorber au taux existant de l'intérêt,

Mais le projet des libéraux répond parfaitement à la

situation actuelle. Celle-ci présente les conditions requises

pour qu’il n’y ait pas de risque à développer les crédits,

Il est naturellement indispensable que la Banque d’Angleterre collabore loyalement au programme gouvernemental d'outillage national et fasse tout son possible pour le faire aboutir. Gar, malheureusement, si elle devait pratiquer une politique de déflation, en vue d'arrêter tout développement des crédits bancaires, la Banque d'Angleterre parviendrait facilement à faire échouer les projets les plus soigneusement étudiés el à faire en sorte que les travaux subventionnés par la Trésorerie, le fussent aux dépens d'autres travaux ressortissant de l’industrie privée. ï

Nous acceptons donc le point de vue de Mr. Mc Kenna qui veut qu’une extension de crédits constitue la clef du problème. Mais si nous ne faisions que développer les crédits sans leur assurer un emploi défini à l’intérieur, nous redouterions qu’une trop grande part de ces crédits supplémentaires n’aille à des étrangers et ne nous arrache notre or. Notre conclusion est donc que si un développement du volume des crédits bancaires est vraisemblablement une condition sine qua non d'une reprise de la main-d'œuvre, un programme comportant des placements à l’intérieur qui absorbent l’excédent de ce volume est une condition sine qua non d'une sûre extension des crédits.

La troisième source d’où l’on peut tirer les fonds.

nécessaires à l'application du projet libéral, c’est une

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