‹ Essais de persuasionChapitre 51 sur 120 · DE · texte numérisé non relu

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LA GRANDE DEBACLE DE 1930 IOI

encore, si un producteur défini ou un pays tout seul diminue les salaires, alors, tant que les autres ne limitent point, ce producteur ou ce pays peuvent proliter, davantage que d’autres, des affaires qui se font. Maïs si les salaires sont partout diminués, le pouvoir d'achat de la communauté se trouve réduit dans la même proportion que le coût de la production; et une fois de plus, personne n’est plus avancé pour cela.

Aussi, ni la restriction de la production, ni une restriction des salaires ne sauraient toutes seules parvenir à rétablir un équilibre.

Qui plus est, même si nous parvenions à rétablir le coût de la production à un niveau plus bas de salaires correspondant, mettons, au niveau des prix d’avantguerre, nous ne serions pas à la fin de nos peines. Car depuis 1914, un fardeau immense de dettes et d’obligations nationales et internationales contractées et fixées en termes d'argent nous accable, Chaque baisse de prix entraîne une aggravation de cette dette, car elle augmente la valeur de l'argent dans lequel elle est due. Par exemple, si nous devions stabiliser les prix au niveau d’avantguerre, la Dette Nationale anglaise serait de 40 % plus élevée que ce qu’elle était en 1924, et du double de ce qu’elle était en 1920; le plan Young serait plus lourd pour l'Allemagne que le plan Dawes, déjà reconnu trop lourd: la dette envers les Etats-Unis de ses associés de la œuerre représenterait 4o-bo fois plus de marchandises et de services qu’au moment où les accords furent signés; les obligations de pays débiteurs tels que l'Amérique du Qud et l'Australie deviendraient insoutenables, sans une réduction de leur standard de vie au bénéfice de leurs créanciers; les agriculteurs et propriétaires d'immeubles du monde entier qui ont emprunté sur hypothèque deviendraient les victimes de leurs créanciers. En pareil cas, il ne semblerait guère possible d’effectuer à temps les ajustements nécessaires pour éviler une série de faillites, banqueroutes, et répudiations de dettes .qui

ébranleraient les assises mêmes du capitalisme. Ce serait là un terrain facile de révoltes, d’agitation et de révolution. C'est ce qui s’est déjà passé dans plusieurs coins du monde. Cependant, les ressources de Îa nature et de l'esprit humain continueraient à être aussi riches, et aussi fertiles qu’elles le furent, seulement la machine se trouverait coincée par suite d’une affreuse confusion. Pourtant ce n’est pas parce que notre magnétio est en panne, qu’il nous faut conclure que nous serons bientôt réduits à reprendre une roulotte, et que l'automobilisme

a fait son temps.

Nous avons une panne de magnéto. Comment donc nous remettre en marche? Jetons un regard en arrière sur les événements :

1° Pourquoi les travailleurs et l’outillage demeurent-ils inemployés? Parce que les industriels ne comptent pas pouvoir vendre sans perte ce qu’ils produiraient s'ils les employaient.

o° Pourquoi les industriels ne peuvent-ils compter vendre sans perte? Parce que les prix ont baissé plus que le coût de la production — le coût ayant très peu baissé.

3° Comment se fait-il que les prix aient baissé plus que le coût? Car le coût représente ce que l’homme d’affaires dépense pour la production de ses marchandises, et les prix indiquent ce qui lui revient quand il les vend. Il est facile de concevoir que pour une affaire en particulier, où pour une marchandise particulière, il y ait inégalité entre les deux chiffres. Maïs il semble que si l’on considère la collectivité tout entière les hommes d’affaires doivent retrouver le même argent qu'ils déboursent, puisque ce qu’ils déboursent pour la production représente le revénu du public qu’il rend aux

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