Discours prononcé à la T. S. F
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production demeure, nous le savons tous, très au-dessus du niveau d'avant-guerre. Îl y a une.ou deux semaines, le blé s’est vendu à Liverpool, à ce que l’on dit, au prix le plus bas qu’on ait connu depuis le règne de Charles H, il y a plus de 250 ans. Comment les fermiers peuvent-ils
continuer à vivre dans de telles conditions? Cela devient matériellement impossible.
Vous supposez peut-être — et il ÿ aura d’austères individus pour le croire — que le bon marché est un avan-
tage. Car ce que perd le producteur, profiterait selon vous au consommateur. Mais il n'en est pas ainsi. Car
ceux d’entre nous qui travaillent — et nous sommes la grosse majorité — ne peuvent consommer qu’à condi-
tion de produire. De sorte que tout ce qui atteint la production, atteint forcément également la consomma- Lion.
La raison en est qu'il y a toutes sortes d'obstacles qui empêchent le coût et le prix de tous les produits de baisser simultanément. Par exemple les frais des salaires de la plupart des industriels n’ont pas changé, Et voyez où nous mène ce cercle vicieux. Les prix de la laine et du blé baissent. Tant mieux, pourrait-on croire, pour le consommateur anglais de blé et de vêtements de laine. Mais les producteurs de laine et de blé, du moment qu'ils touchent trop peu pour leurs produits, ne peuveñt effectuer leurs achats habituels de marchandises anglaises. Par conséquent, ces consommateurs anglais qui sont à Ja fois des ouvriers qui fabriquent ces marchandises se trouvent sans travail. À quoi sert le bon marché, lorsque les revenus diminuent? |
Lorsqu'on dit au docteur Johnson qui visitait l’île de Skye, qu’on pouvait y acheter vingt œufs pour un penny, il répondit : « Monsieur, je n’en déduis point que vous ayez trop d'œufs dans votre pauvre île abandonnée, mais que les pence y sont rares.»
Le bon marché, lorsqu'il provient d’un meilleur rendement, où d’un perfectionnement dans l’art de la pro-
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DES ECONOMIES tii
duction, constitue effectivement un avantage. Mais le bon marché, lorsqu'il a pour cause la misère du producteur, est un des pires désastres économiques qui puisse se produire.
Il ne serait pas vrai de dire que nous ne prenons pas les faits au sérieux. Mais je me demande pourtant si nous les prenons suffisamment au sérieux. L’oisiveté à laquelle se trouvent réduits un million d’êtres, représente assez de richesse qui se perd pour réaliser des miracles. On pourrait produire pour des millions de livres de marchandises chaque jour avec les travailleurs et le matériel qui restent inemployés — et les travailleurs n’en seraient que plus heureux et plus contents. Il conviendrait de s'’atteler à la tâche, de réparer le désordre, avec le même sérieux et la même application, la même volonté d'aboutir à tout prix qu'on trouve dans la conduite de la guerre. Et cependant une lourde inertie semble peser sur nous et nous paralyser. Ce qu'il y a d’étrange dans la situation actuelle, à mon avis, c’est que tous les remèdes proposés sont défendables d’un certain point de vue, bien que naturellement 1l y en ait de meilleurs que d’autres. Chaque politique rivale en propose de différents. Et pourtant nous n’en adoptons aucun.
Le pire de tout, c’est que nous avons une excellente excuse pour ne rien faire. Le remède n'est pas exclusivement en notre pouvoir. Le problème est international, et un pays qui est aussi tributaire que nous le sommes du commerce étranger, n’a que de faibles moyens personnels de s’en sortir. Mais là n’est pas l’unique raison de notre inactivité. Et ce n'est pas non plus une raison suffisante, Car il y a certaines choses que nous pouvons faire par nous-mêmes. L'autre raison essentielle, à mon avis, est une grande incompréhension de ce qu’il convient de faire et de ne pas faire. Il y a aujourd’hui beaucoup de gens bien intentionnés, attachés à leur pays, qui s’imaginent que la chose la plus utile qu'ils puissent faire et que puissent faire leurs semblables pour remédier à la si-
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