PROV. EN, NA
dire que ces deux opinions sont aussi peu vraisemblables l'une que l'autre.
La découverte de formes non signalées jusqu'ici de la particule honorable masculine du provençal nous permet d'en déterminer plus sûrement l'origine. Ces formes, relevées dans des chartes limousines récemment publiées, sont Nos au cas sujet et Non au cas régime1. Il est clair que Nos et Non représentent la dernière syllabe du lat. domnns, domnum, comme Na la dernière syllabe de donina.
On peut être étonné au premier abord de l'aphérèse violente subie par les mots latins; à la réflexion, rien n'est moins extraordinaire. Domnns, domnum, donina ont eu deux accentuations. Employés dans leur sens intégral, ils étaient régulièrement accentués sur la pénultième et sont devenus en provençal don%, don, douma. Employés comme titres honorifiques, ils ont été accentués sur Pultième et sont bientôt devenus des monosyllabes proclitiques. Qu'on se rappelle ce qu'il est advenu en roman du démonstratif /'//<? : il s'est scindé de la même façon, selon qu'il a été employé comme pronom ou comme article. On a prononcé à l'origine en latin vulgaire : mea dçmna, donina Maria, absolument comme Ma, Mafçmna. De là en provençal, parallèlement : ma douma na Maria, et ela, la femna.
1. Documents historiques concernant la Marche et le Limousin, p. p. A. Leroux, E. Molinier et A. Thomas (Limoges, Ducourtieux, 1883), t. I, p. 151 et 157. Non est employé une fois par erreur devant un nom de femme : Non Petronilla. Je relève aussi Nim dans le censier de Clareuil publié par M. Chabaneau, Bull. de ta Soc. hist, du Pèrigord, X, 155.
Maintenant, quel est exactement le rapport de ces formes Nos, Non avec la forme ordinaire de provençal En, N' ? Est-il possible d'admettre que Nos, Non, affaiblis en *Nes, * Nen, aient abouti a Eus, En? Je l'ai cru jadis1; je ne le crois plus. Je me rallie volontiers à l'opinion de M. Meyer-Lùbke, qui voit dans En, N la dernière syllabe du vocatif domtie. Cela explique assez bien l'usage ordinaire du provençal qui emploie En, N comme formes indéclinables2.