‹ Essais de philologie françaiseChapitre 118 sur 251 · XXXIV. — ANC. franc. ENRIÈVRE · texte numérisé non relu

XXXIV. — ANC. franc. ENRIÈVRE

Ce mot de l'ancien français, comme tous les péjoratifs, a un sens très vague : M. Godefroy accumule, pour le traduire, « méchant, malicieux, opiniâtre, extravagant, insensé », et ce serait être bien enriêvre que de le chicaner à ce sujet. L'étymologie de enriêvre est donc aussi difficile à joindre que celle de mauvais, plus difficile même, puisque le mot n'a pas été signalé jusqu'ici dans une autre langue romane. M. Tobler a proposé *inrëvëre(n)s1, pour lequel il réclame la possibilité d'une déclinaison *inreveres*inreverem, analogue à celle de serpe(n)s * serpent et de adjace(n)s * adjacent. Je suis à l'aise pour faire des réserves, car ce qui me laisse des doutes, ce n'est pas la modification du thème mais l'emploi en latin vulgaire de la particule négative in. Je me permets donc de suggérer un type *inreprobus, avec in augmentatif, tel qu'on le trouve quelquefois joint à un adjectif, par exemple dans incolumis, sain et sauf, dans irraucus, enroué, et dans *indebilis, qu'il paraît difficile de ne pas accepter comme type de l'ancien français endeble. Je crois que reprobus a dû aboutir de bonne heure à *rçprous, *reprus, d'où * fièvres. Il n'y a pas de cas phonétique identique, mais on peut assimiler le b au v, lequel se fond avec Vu dans les

1. Chevalier au lion. éd. Holland, rem. sur le v. 6165. Thomas. 19

paroxytons lorsqu'il est placé immédiatement après l'accent (rivus = rius), et croire qu'il n'a pour ainsi dire jamais été prononcé dans reprobus. Par suite la forme *reprus est parallèle à *Rototnus, *sarcofus, de Rotçmagus, sarcçphagus. Au reste, reprobus est employé par les jurisconsultes au sens de « ce qui est de mauvais aloi » et par les auteurs chrétiens au sens de « réprouvé » : peut-on désirer mieux pour le sens de enrièvre ?

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