Cité par M. Philipon, Romania, 1884, p
3. Essai sur la langue vulgaire du Dauphinè septentrional, p. 71 et 93.
4. M. l'abbé Devaux, consulté par moi sur l'existence, dans les
Deux autres mots peuvent encore être considérés : quatuor et rétro. Le premier se présente au xnc siècle dans le fragment d'Alexandre d'Albéric sous la forme quatre1 (v. 57), et aujourd'hui dans tout le Dauphiné septentrional, où Yo après tr ne s'est pas affaibli en e, sous les formes Izatro, katrou. Ici nous sommes en présence d'une métathèse extrêmement ancienne de * quattor (= quatuor') en *quattro2: cette métathèse s'est produite à peu près sur toute l'étendue du domaine roman, mais le traitement du suffixe tor n'est pas lié à celui de quatuor, puisque l'italien, par exemple, dit sarto, à côté de quattro, comme le franco-provençal dit peschare, à côté de quatro. — Le second mot, rétro, se présente constamment dans les anciens textes franco-provençaux sous la forme rere : rerebanches (Devaux, II, 25); derere la porta (Jbid. III,
anciens textes, de laro, m'écrit : « Je n'ai trouvé que le cas régime tarons dans Marguerite d'Oingt, mais le mot existe encore dans le pays de Vaud sous les formes laro, tant, tare (Odin, p. 84); en Dauphiné, dans les Terres-Froides, l'épervier s'appelle îgrou, qui doit représenter latro. » L'étymologie du nom de l'épervier dans les Terres-Froides qu'indique M. Devaux est certainement la bonne : en Auvergne, l'épervier est appelé taire (Mistral, Trésor, v° taire).
1 . Je dois l'indication de cet exemple et des formes actuelles des patois du Dauphiné à M. l'abbé Devaux. On remarquera que dans Y Alexandre la conservation de l'a est exceptionnelle, car on lit dans le même texte toneyres(y. 49), et non toneyros, altre à l'accusatif (v. 63), et non altro, ample (v. 69), et non amplo, magestres (v. 82), et non magestros. Quant à eutro la mar (v. 105), le cas est différent, car on sait que le provençal proprement dit ne connaît aussi que les formes en 0, entro et tro.
2. Cf. Meyer-Lùbke, Italien. Graniiu., p. 156 : « Schon vulgarlateinisch ist die Umstellung in sempre und quattro. »
30); l'ort derere (Philipon, VI, 17). Je ne crois pas qu'on puisse admettre l'équation phonétique rétro = rere en présence de latro = laro, * quattro = quatro, vitrum — veiro, etc. Il faut donc chercher une explication particulière pour rere1 .
La phonétique très délicate du franco-provençal ne nous fournit pas seulement un argument capital contre l'opinion de M. J. Cornu : elle porte en elle-même un enseignement intéressant sur la façon dont a évolué à l'origine le suffixe ator. Le premier changement phonétique qui paraisse l'avoir atteint doit être l'affaiblissement de Yo atone en e (comme dans senher de senior, majer de major, etc.) ; puis est venue la transformation de ater (peut-être descendu au degré ader) en aire, adre, par un rapprochement de la liquide et de la dentale qui a amené simultanément la suppression de Ye entre les deux consonnes et la production d'un autre e comme voyelle d'appui, ou, si l'on veut, la métathèse de Ye posttonique2. Il est à croire — jusqu'à preuve du
1. M. Devaux m'écrit à ce sujet : « Le traitement de rétro est absolument anormal, à moins de supposer qu'il ne soit emprunté au français ou au provençal, car on ne peut guère imaginer un type lat. * reter. » Je ne serais pas aussi éloigné que M. Devaux d'admettre * reter, à côté, puis à la place de rétro, sous l'influence de inter (à côté de intro; on sait que le roumain a confondu iniro avec inter, et dit indifféremment intre, intru au sens de inter), super, * sequenter (prov. seg neutre), * aliuuder (prov. alhondre), * al i uber (anc. espagn. ajubrè), etc.
2. M. Devaux a donc raison, en somme, quand il mentionne piscator, à côté de inelior et de senior, comme ayant « atténué Yo en e. » {Essai, p. 233). Ailleurs, à propos de Ye final (p. 229), il mentionne « l'analogue pechare » à côté de pare, (rare. S'il a voulu indiquer par là que les noms en -ater, comme f râler, etc., ont
contraire — que ce qui s'est passé dans le sud-est de la Gaule s'est passé aussi en provençal et en français.
Il y a longtemps que Jules Quicherat a fait remarquer2 que certains noms de rivières, dont la forme latine appartient a la première déclinaison, présentent aujourd'hui en français une terminaison masculine en ain, in, ing. M. Lindstrôm a ajouté 3 quelques noms a ceux qu'avait signalés Quicherat, et il cite en tout six exemples de ce curieux phénomène. Voici ces exemples par ordre alphabétique* :
Le Loing, affluent de la Seine (Yonne, Loiret, Seine-et-Marne), en latin Lupa ;
Le Mesvrin, affluent de l'Arroux (Saône-et-Loire), en latin Magavera ;
exercé une influence analogique sur le suffixe ator, je ne suis pas de son avis. Il me semble que le changement de * piscator en * piscater est un fait d'ordre exclusivement phonétique.
i. M. Longnon a bien voulu lire la première épreuve de ce mémoire qui traite d'un sujet sur lequel, comme sur tout ce qui touche à la géographie historique, il avait réuni un important dossier de notes. En le remerciant de l'intérêt qu'il a témoigné à ce travail, je tiens à déclarer que je lui dois l'indication d'une trentaine de noms de rivière en -ain ou en -an, la connaissance des formes anciennes de quatre de ces noms (Ingressin, Khoïn, Ternin, Fabulait), et différentes remarques de détail.
2. De la formation française des anciens noms de lieu (Paris, 1867), p. 82. Quicherat cite le Formans,\e Loing, XtMorin et le Thèrain.
3. Anmàrhiingar till de obetonade vokaler lias bortf ail i nagranor dfranska ortnamn (Upsala, 1892), p. 13.
4. M. Lindstrôm a laissé de côté le Formans, cité par Quicherat, dont nous parlerons plus loin.
Le Morin, nom de deux rivières, le Gnmd-Morin et le Petït-Morin, affluents de la Marne (Marne, Seine-et Marne), en latin Muera, Mogra ;
VOrnain, affluent de la Saulx (Meuse, Marne), en latin Odorna;
Le S train, affluent de l'Yonne (Côte-d'Or, Yonne), en latin Scdcna ;
Le Thérain, affluent de l'Oise (Seine-Inférieure, Oise), en latin Thara.
Quicherat suppose que les nons français se sont formés par l'addition du suffixe ïnus au nom primitif et représentent des types comme Lupinus, Mucrinus, etc., qu'on ne trouve pas dans les textes latins.
M. Lindstrôm combat cette opinion en faisant remarquer que dans les documents les plus anciens les formes en langue vulgaire offrent la graphie ain ou ein, mais non in. Pour le Serain, par exemple, on trouve Seneim en 1 145 , Saneim vers 1150, Senain en 1157, Senein en 1188, Senaynen 1297; il faut attendre jusqu'en 1485 pour avoir une forme en in, Cenin1. Pour le Petit -Morin, on trouve Morein en 1 168, Moreins en 1209, Morains en 1227, Mot ain en 1252, Mourein en 1272: ce n'est qu'en 1278 qu'apparaît Morin2. Quant
1. Je complète les exemples donnés par M. Lindstrôm en puisant dans le Dict. top. de l'Yonne de Quantin, pour le Serain, et dans le Dict. top. de la Marne de M. Longnon, pour le Petit-Morin.
2. M. Lindstrôm ajoute que la forme latine du nom de lieu Pierrmorains (Marne) est Petra Mucrane : cette forme ne peut pas être prise en considération parce qu'elle n'est pas fournie par les textes ; c'est une restitution philologique de M. Longnon (73/(7. top. Je la Manie, introd., p. xni) ; les textes ne fournissent que Peints Morain vers 1222 et Pierremoneiii en 1223.
à l'explication destinée à remplacer celle de Quichcrat, M. Lindstrom ne la donne pas péremptoirement : il en présente deux sur la même ligne en avouant qu'il n'a pas de raison pour choisir : le suffixe anus ou un cas régime en ain.
A notre avis, les noms Loing, Mesvrin, etc. , sont incontestablement des restes de l'ancienne déclinaison française et doivent être mis sur la même ligne que les deux débris conservés par la langue actuelle et souvent cités : nonnain et putain. Comme le rappelle M. Lindstrom, M. Longnon a indiqué que telle était sa manière de voir quand il a écrit dans son introduction au Dict. top. de la Marne, p. XIII: « Les villages de... Mœurs {Muera ou Mocra), Morains (Muera ou Mocra au cas oblique), étaient originairement désignés par les mêmes vocables que ... le Grand-Morin, le Petit-Morin... Les vocables Pierremorains (Petra Muerane), et Vienne, jadis Viaisne{Vieus Axonae), offrent des exemples de la combinaison d'un nom de rivière, le Petit-Morin et l'Aisne, avec un nom commun qu'il détermine. » On peut mettre en fait qu'on déclinait autrefois Loue Louain, Mevre Mevrain, Meure Morain, Orne Ornain, Senne Senain, Tere Terain, au même titre que ante antain, nonne nonnain, pute putain, etc., parmi les noms communs, Berte Bertain, Aye Ayen, etc., parmi les noms propres.
Ce qui a fourvoyé Quicherat et troublé le discernement de M. Lindstrom, c'est le genre masculin actuel des six noms de rivières cités plus haut. Le genre masculin est-il le genre primitif de ces noms sous la forme ain ? C'est une question difficile à résoudre
LES NOMS DE RIVIÈRES EN AlN 33
directement par les textes, car au moyen âge les noms de rivière s'emploient ordinairement sans article, commeils le font encore aujourd'hui daus les locutions géographiques pétrifiées, telles que Châtillon-sur-Loing, Châlillon-sur-Morin, L'Isle-snr-Serain, etc. Mais si le masculin est formellement attesté pour le xvne siècle, où l'on trouve le Grand Morain dès 1602, on peut croire que ces mots en ain étaient féminins au moyen âge : cela résulte manifestement de la forme latine Senana par laquelle est traduit en 1263 le nom du Serain, écrit Senain dans les textes français de la môme époque. La substitution du masculin au féminin1, à une époque relativement récente2, s'explique par la confusion qui s'est produite entre la terminaison féminine ain, relativement rare, et les terminaisons masculines ain, tin, in, très nombreuses 3. Je puis produire un exemple
1 . Dans la bonne latinité les noms de cours d'eau de la première déclinaison sont du masculin, mais on trouve déjà quelques exceptions : c'est ainsi qu'Ovide fait Allia du féminin : « flebilis Allia Vulneribus Latii sanguinolenta riait » (Ars Am., I, 413). A la basse époque, c'est le genre masculin qui est exceptionnel : si Ausone fait indifféremment Mosella des deux genres, il traite Matrona, Druentia, Sur a et Garumna comme féminins (voy. Gossrau, Lat. Sprachlehre, p. 65). On peut donc considérer tous ces noms comme féminins dans le latin qui a été le point de départ des langues romanes.
2. Cette substitution n'a pas eu lieu partout. Mon confrère M. Bonnardot m'apprend que le nom du ruisseau de Rentin, cité plus loin, est précédé en patois bourguignon de l'article féminin lai. Ce cas ne doit pas être isolé. Les rivières dites VAcolin et l'Acotiu s'appellent peut-être à l'origine la Colin, la Cotin.
3. On trouve cependant, dès le moyen âge, des traces de cette confusion. Ainsi l'Amance, affluent de la Saône, Amancia en 1270, est appelée Amaciens (corr. Âmanciens) en 1293 (J. Finot, Étude
Thomas. 3
de la même confusion qui ne laissera pas de doute à cet égard. Il y a au diocèse actuel de Limoges (ancien diocèse de Poitiers) une église, siège de paroisse et de commune, dite de Saint-Barbant, canton civil de Mézières (Haute-Vienne). Le curé de Saint-Barbant, ayant fait récemment reconstruire son église et voulant dédier le maître-autel au patron primitif de la paroisse, se trouva fort empêché : il ne savait littéralement à quel saint se vouer, saint Barbant ne figurant sur aucun calendrier, et il avait quelque scrupule à charger son prône de ce saint nouveau et suspect. Un de ses voisins, mon excellent maître et ami, M. l'abbé J. Paufique, curé de Bussière-Poitevine, lui a montré sans réplique que saint Barbant n'est qu'un avatar de sainte Barbe : l'église en question est appelée ecclesia sancte Barbare dans un texte authentique du xive siècle1.
de gèog. historique sur la Saône, p. 34). Le cas régime régulier de Amance serait Amancien : la présence de Vs trahit l'influence des noms masculins en ien.
1. Semaine religieuse de Limoges, 2 février 1893, pp. 112-115. On me saura gré sans doute de reproduire l'explication donnée par M. l'abbé J. Paufique. « Quant à la curieuse transformation qui a fait de sainte Barbe saint Barbant, la philologie romane peut l'expliquer a priori. Il faut admettre que : i° le / n'a aucune valeur étymologique (comme celui de Mortemart, Mortua mare) et que l'on écrit saint Barbant ou saint Barband, en ajoutant une lettre finale à la terminaison an, par analogie avec saint Arnaud ou saint Amant; 20 saint Barban est une corruption de sainte Barban, où la terminaison, d'aspect masculin, a transformé peu à peu la sainte en saint; 30 sainte Barban s'explique régulièrement dans la langue du moyen âge. C'est un fait bien connu que les noms propres de femme de la première déclinaison ont en ancien français un cas régime distinct du cas sujet et que ce cas régime, d'origine germanique, est en ain... Dans la région intermédiaire entre le français et le provençal, on a la terminaison an au lieu
On serait loin de compte si l'on croyait que les six rivières mentionnées par M. Lindstrôm sont les seules dont le nom ait ainsi été décliné en ancien français et se présente aujourd'hui sous la forme du cas régime prise pour un masculin. Il existe en France environ quatre-vingts noms de rivières en ain, in ou ien: il est probable que la majeure partie de ces noms comporte la même explication. Malheureusement, tant que nous n'aurons pas de dictionnaires topographiques pour tous les départements français, nous en serons réduits aux conjectures dans beaucoup de cas1. Je puis du moins énumérer, par ordre alphabétique, en les accompagnant de quelques remarques, un certain nombre de ces noms dont l'origine ne laisse aucun doute :
U Alain ou le Lalain, affluent de la Vanne (Yonne) : Iege, v. 1150; Iegye, 1 163 ; Yoge, 1293; Iegé, 1548. (Quantin, Dict. top. de l'Yonne). La filiation de la forme actuelle n'est pas très claire : il semble que
de la terminaison ain. Les textes manquent pour la région du nord du Limousin, mais dans les textes lyonnais et dauphinois, on trouve Katalinan (Catherine), Blandinan (Blandine), etc. Pour dire l'église de sainte Barbe, la syntaxe de l'ancienne langue exige le cas régime avec ellipse de la préposition de, et l'on disait régulièrement l'église sainte Barbon. »
1. Même pour les départements qui possèdent des dictionnaires topographiques, la curiosité n'est pas toujours satisfaite : les articles relatifs aux cours d'eau sont souvent insignifiants, quand ils ne sont pas oubliés. C'est ainsi qu'on ne trouve pas dans le Dict. top. de la Marne le Poussin, affluent de droite de l'Aube en aval d'Anglure. Dans le Dict. top. de l'Yonne, on trouve bien le Branlain et le Lunain, mais sans aucun exemple de formes anciennes. De même pour YAcolin et VAcolin dans la Nièvre.
l'Alain ou Lalain soit pour La Leien ; en tout cas, c'est bien un ancien régime féminin.
UAnglin, affluent de la Gartempe (Creuse, Indre, Vienne), éponyme de la ville d'Angle qu'il arrose : fluvius Engle, vers 1080 ; riveria de Englis, vers 1 15 1 ; fluvius Englie, 1210 ; fluvius qui vocatur Anglia, 1247 ; riparia d'Engleen, 1260, aqua de l'Anglain, 1309, fleuve de Englen, 1353; Anglen, 1450. (Rédet, Dict. top. de la Vienne.}
VAubetin, affluent du Grand-Morin (Marne, Seineet-Marne) : fluvius Alba, vne siècle; Albeta, 12 13 ; Aubetain, 123 1 ; Aubete, alias Aubetin, 1675 . (Longnon, Dict. top. de la Marne.')
Le Cousin 2, affluent de la Cure (Yonne) : Cosa, 1 147 ; Cosain, 1366; Cosin, 1587. (Quantin, Dict. top. de l'Yonne?)
Le Fusain, affluent du Loing (Loiret, Seine-et- Marne), appelé Eura dans les textes latins du moyen âge. (H. Stein, Recueil des chartes du prieuré de Néronville, cité dans Revue celtique, XVIII, 246-247).
UHo^ain2, affluent de la Seine (Aube), éponyme du village de la Chapelle d'Oze, appelé Ausa en 754 : Osa, 1236; riparia de Ose, 1247; Osain, 1304; rivière
1 . Cf. la Couse ou Couze, nom de divers affluents de la Dordogne, de la Vézère, de la Gartempe et de l'Allier. Il faut ajouter, comme exemples de l'orthographe ain, Cosain-la-Roiche (1472) et Cosain-le-Pont (1386), noms de deux hameaux de la commune d'Avallon, sur le Cousin : on écrit aujourd'hui, bien entendu, Cousin-la-Roche et Cousin-U-Pont.
2. Cf. YOze ou la Lo%e, affluent de la Brenne (Côte-d'Or), VAuze, affluent de la Dordogne (Cantal), le Lozain, affluent de l'Ognon (Haute-Saône).
à' 0 sain, 1366; Losa, 16 18; Losain, 1679; sources du Lo~ein, xvme siècle. (Boutiot et Socard, Dict. top. de l'Aube.)
V Ingressin, affluent de la Moselle (Meurthe-et- Moselle) : fluviolus Lingruscia, 838 ; flumen Angruxia, 982; Engrusia, 1168-1193 ; Engreshin, 1779. (Lepage, Dict. top. de la Meurt he.)
VOrvin1, affluent de la Seine (Aube, Seine-et- Marne): Alve, 1173; Lorvinus, 1618; le Lorvain ou Sorme, xvme siècle; Lorrain (corr. Lorvain), carte de Cassini. (Boutiot et Socard, Dict. top. de l'Aube.)
VOthain, affluent de la Chiers (Meuse) : Ortus fluviolus, 634; super fluvium qui dicitur Otha, 1283; Ostain, 1656; Osthain, 1681; Ostin, Autin, 1700; Hotin, 1749 (Liénard, Dict. top. de la Meuse.)
Le Rhoïn ou le cours de Rhoïn, sous-affluent du Meuzin (Côte-d'Or): cursus de Rheins, 1235; cursus de Royes, 1236. (Cart. de Citeaux, cité par Garnier, Nomenclat. hist. des communes de la Côte-d'Or, n°
Le Sornin, affluent de la Loire (Rhône, Saône-et-
Loire, Loire) : Sona fluvius, dans un diplôme du roi Boson de 8792.
Le Sur me! in, affluent de la Marne (Marne, Aisne) : Seurmenei, v. 1252; Sommerain, Sourmerain, 1366;
1 . Orvin est pour Arvain (cf. Aroanna == Orvanne), et le nom primitif de cette rivière est le même que celui de Y Auve, affluent de l'Aisne, appelée Arva, pour Alva, en 1132 (A. Longnon, Dict. top. île la Manie).
2. Dom Bouquet, Script., IX, 670. Cf. la Sonne, affluent du Rhône (Isère).
Sourmerain, 1393; Sourmelain, 1395; Sourmelans, 141 5 ; Sourmelan, 1464; Sourmelin, 1553; Melin, xvme siècle ; le Surmelin ou plus souvent le Melin, 1860. (Longnon, Dict. top. de la Marne.} On remarquera que les textes réunis par M. Longnon ne donnent pas le nom latin de cette rivière. Dans le plus ancien exemple, Seurmenei est, manifestement une faute de scribe pour Seurmenein : cet exemple est, d'ailleurs, précieux, car il nous montre que le n initial de la troisième syllabe est primitif et a été dissimilé soit en r (cf. Serain pour Senain) soit en / (cf. Vilaine pour Vinainè). Le nom latin est vraisemblablement Surmena, peut-être même Summena, car il est fort possible que le r de Surmelin soit dû à une étymologie populaire et que ce nom soit le même que celui de la Semène (Haute-Loire), de la Sumêne (Ardèche et Cantal), de la Semine (Ain et Cantal) et de la Souvigne (Corrèze), appelée au moyen âge Summenia (Cart. de Beaulieu, n° 172).
Le Temin ou Tarnin, affluent de l'Arroux (Côted'Or, Nièvre, Saône-et-Loire) : Ripa Tarane, ripariam de Taronam (corr. Taronain). (Hist. de Saint-Martin d'Autun, citée dans M. Canat, Topogr. des cours d'eau du dép. de Saône-et-Loire, p. 14).
Dans quelques cas, la forme en ain ou ien est tombée en désuétude, mais on constate directement ou indirectement son existence au moyen âge :
UAmance, affluent de la Saône, a porté le nom à'Amancien au XIIIe siècle, comme il résulte d'un texte de 1295, où le scribe a écrit fautivement Amaciens. (J. Finot, Étude degéogr. hist. sur la Saône, p. 34).
La Dive, affluent de la Vienne, et la Dive, affluent du Touet, s'appelaient au xe siècle Divain, à en juger par les expressions fluvius Divane, alveam Divane, qui se trouvent en 916 et en 994. (Rédet, Dict. top. de la Vienne.)
Parmi les autres noms de rivières en ain, in ou ien l plusieurs se révèlent a priori comme d'anciens
1. Voici une liste de ceux que je connais, liste qui n'a pas la prétention d'être complète, mais qui pourra servir provisoirement d'index pour des recherches ultérieures. Je fais suivre le nom des rivières des noms des départements où elles coulent.
Acolin ou Colin, affluent de la Loire (Allier, Nièvre).
Acotin, affluent de la Nièvre (Nièvre).
Acotin ou Cotin, affluent du Nohain (Nièvre).
Airain, affluent de l'Yèvre (Cher).
Angolin, affluent de l'Indre (Indre).
Annain, affluent de l'Auron (Cher).
Badin, affluent de la Vingeanne (Haute-Marne).
Bardin, affluent de l'Ozerain (Côte- d'Or).
Blandenain, affluent de la Loire (Saône-et-Loire).
Blarin, sous-affluent de la Moselle (Meurthe-et-Moselle).
Beuhtin ou Bulletin, affluent du Breuchin (Haute-Saône).
Bonchin {ru de), affluent du Cousin (Yonne).
Branîain ou Brauliu, affluent du Four (Yonne).
Breuchin, affluent de la Lanterne (Haute-Saône).
Bui^in, affluent de l'Albarine (Ain).
Calvdin, affluent de la Nied française (Meurthe-et-Moselle).
Colin, affluent de l'Yèvre (Cher); cf. Acolin.
Cotencin, affluent du Moulin-Neuf (Cher).
Cotin, voy. Acotin.
Coussin, affluent de la Sauldre (Loir-et-Cher).
Cusancin ou Cuisaucin, affluent du Doubs (Doubs).
Dieu, affluent de la Somme (Somme).
Êclin, affluent de l'Ouche (Côte-d'Or).
Fiîerin, affluent de la Tessonne (Loire).
Hercliri, affluent de l'Escaut (Nord).
Hivemin, affluent du Cher (Cher).
Ho^ien (ru d'), affluent de l'Aisne (Aisne).
cas régimes en ain par le simple rapprochement avec des localités éponymes ou avec des rivières homonymes : le Brenchin passe à Breuches (Haute-Saône), le Cusancin à Cusance (Doubs), le Jarnossin à Jarnosse (Loire), le Sagouin à Sagonne (Cher), comme le Mesvrin à Mesvre, le Grand Morin à Mœurs ; d'autre part, Y Airain fait penser à Y Aire, nom d'un affluent de
Jarnossin, affluent de la Loire (Loire).
Lien, affluent de la Charente (Charente).
Loing ou Ouin, affluent de la Sèvre Niortaise (Deux-Sèvres).
Lo^ain, affluent de l'Ognon (Haute-Saône).
Lunain, affluent du Loing (Yonne, Seine-et-Marne).
Mardin, affluent de la Loire (Saône-et-Loire).
Martenin, affluent de la Gande (Saône-et-Loire).
Mauvélain (ruisseau de), affluent de la Brenne (Côte-d'Or).
Mauvoisin, affluent de la Rère (Cher).
Messelin, affluent du Fluent (Meuse).
Moulin ou Mu^in, affluent de la Dheune (Côte-d'Or).
Moidin, affluent de la Sane (Ain).
Mordain (ruisseau du), affluent de la Vouge (Côte-d'Or).
Morentin, affluent de la Sauldre (Loir-et-Cher).
Morins, affluent de la Petite-Sauldre (Cher).
Nohain, affluent de la Loire (Nièvre) : pas d'exemple avant le xve siècle où l'on écrit Noyn en 1453. (Soultrait, Dict. top. de la Nièvre.)
Oignin, affluent de l'Ain (Ain) .
Or ain, affluent de la Vingeanne (Côte-d'Or).
Or ain ou Dorain, affluent du Doubs (Jura).
O^erain ou Lorrain, affluent de la Brenne (Côte-d'Or).
Rabin, affluent de l'Oignon (Haute-Saône).
Rentin (ruisseau de), affluent de la Dheune (Côte-d'Or).
Rhin ou Rabin, affluent de la Loire (Loire).
Sagouin, affluent de l'Auron (Cher).
Sandins, affluent du Moulon (Cher).
Serain, affluent de la Seille (Jura).
Solin, affluent du Loing (Loiret).
Spin, affluent de la Seille (Lorraine allemande).
l'Aisne et d'un affluent de PArve ; le Colin à la Colle (Dordogne) et à la Coole (Marne) ; le Cusancin à la Cousance (Meuse), à la Cutanée (Allier) et à la Cuisance (Jura) ; le Lo%ain à XHo%ain, dont il a été question ci-dessus, le Meu%in à la Meuse, etc.
L'usage de la déclinaison germanique féminine n'est pas limité au français propre; s'il est rare en provençal, il est très répandu, en revanche, dans les dialectes intermédiaires entre le français et le provençal, et particulièrement dans l'est1. Là la terminaison n'est plus ain, mais an2. Dans cette région, les noms de
S 11 in, affluent de la Creuse (Indre).
Terrouin, affluent de la Moselle (Meurthe-et-Moselle) : Terouein, 1272 ; Le Terrowain, 147 1. (Lepage, Dict. top. de la Meurthe).
Trainboulin, affluent de la Loire (Nièvre).
Tripot in, sous-affluent de la Sarthe (Sarthe).
Vtrdelin, affluent de la Bourbince (Saône-et-Loire).
Vèronin, affluent de la Meuse (Belgique, Ardennes).
Je ne fais pas figurer dans cette liste le Duretiu, mieux Dur tain, affluent de la Voulzie à Provins, car le nom primitif de ce cours d'eau paraît être Diirtanus. Cf. Bourquelot, Hist. de Provins, II, 399 : furnum de Durtani vico, 1 176 ; ibid., I, 186, n. 3 : inter Durtanum et Vosiam, 1233.
1. Devaux, Essai sur la langue vulg. du Dauphinc septentr., p. 361 ; Suchier, Le franc, et le prav., p. 204. M. Suchier semble nier l'existence en provençal de cette déclinaison féminine ; mais pitlttn est fréquent chez Marcabru (notamment dans la pièce Seigner u'Judric, où il est assuré par la rime : voy.Ann. du Midi, V, 500), et je relève Caubaii, Estevenan dans des textes bordelais (Luchaire, Recueil de textes de l'anc. dialecte gascon, p. 122 et 127).
2. Au lieu de an on a in sous l'influence des palatales: ainsi KalaliiHiii, mais Bereugeiriu. Il se pourrait donc que quelques-uns des noms de rivière mentionnés plus haut en note, comme le l'>iti;in (Ain), VOignin (Ain), présentassent cette réduction phonétique de ie n à in et non une orthographe défectueuse consistant à écrire in pour ain.
rivières n'ont pas échappe non plus à l'influence germanique. J'en puis citer un intéressant exemple que n'a pas relevé M. l'abbé Devaux ; il s'applique à l'Isère. On lit dans le cartulaire de l'hôpital de Saint- Paul de Romans, dans une charte de 1203 : deis Iseran en cei1. Je ne crois pas être trop téméraire en supposant que ce cas régime Iseran, qui a disparu de l'usage en tant que nom de la rivière d'Isère, a survécu dans la. locution le col d'Iseran, terme bien connu des géographes, qui désigne le passage réunissant les vallées de Maurienne et de Tarentaisc, près des sources de l'Isère et de l'Arc (Savoie).
En soumettant tous les noms de rivières de la région franco-provençale qui se présentent avec la terminaison an (variantes and, ant, ans, ens) à un examen historique, il est probable que l'on arriverait à constater que beaucoup d'entre eux sont d'anciens régimes féminins2. Malgré l'insuffisance de mes