XL. — ESSERET
V esseret est, d'après Littré, une « sorte de tarière fort longue » ou, plus précisément, d'après Trévoux, un « morceau de fer un peu long, formant un demicercle en dedans par en bas, tranchant des deux côtés, servant aux charrons à faire des trous dans des pièces de bois ». Littré ne donne pas d'étymologie. Le Dictionnaire général tire esseret de esse : je crois aujourd'hui que la lettre s est aussi étrangère à la naissance de esseret qu'à celle de essette que Littré lui a attribuée1. Si le mot esseret n'est signalé, dans sa forme actuelle, que par Y Encyclopédie de Diderot2, il me paraît difficile de ne pas le reconnaître dans les trois exemples suivants épars dans le Dictionnaire de M. Godefroy, aux articles enchère, heuceret et onecerec: « S'on puet forer le kaisne d'une tarere eucheree (1240) — bos que on puist forer d'un tarel heuceret (1507) — se li caisne puet iestre forés d'un tard onecerec (1216). » Je n'hésite pas à lire dans le dernier exemple ouecereç, et il est probable que dans le premier il faut corriger un tarere euchereçî. On recon-
1 . Essette est pour aissette, diminutif de aisse ■= ascia. .
2. A l'article charron, le Dict. du Commerce de Savary (ire éd., 1723) mentionne parmi les outils professionnels : « un long et un petit userai (sic) » ; mais, malgré la promesse faite à la fin de l'article, il n'est plus question de cet outil à l'ordre alphabétique.
3. Tarere, et par dissimilation tarde, est foncièrement masculin, conformément à son étymologie, lat. vulgaire taratrum. Même sous la forme tarière, due à une confusion avec le suffixe féminin ière, il a quelque temps conservé son genre au x\ Ie siècle.
naît là un de ces adjectifs rapidement substantivés comme M. Tobler en a énuméré un bon nombre dans sa belle étymologie de banneret1. Le tarel heuceret serait donc une tarière à faire de trous pour les chevilles {heuce, euche ou ouece2). Comme heuce a été supplanté par esse, il est tout naturel que heuceret soit devenu esseret 3 .