‹ Essais de philologie françaiseChapitre 127 sur 251 · XLI. — FLAQU1ÈRE · texte numérisé non relu

XLI. — FLAQU1ÈRE

Savary ayant relevé dans un ancien tarif de douane la mention de « flaquières de mulets » a inscrit le mot flaquière dans son Dictionnaire du commerce (1723) avec cette définition peu compromettante : « Partie du harnois d'un mulet. » Boiste, Poitevin, N. Landais, Bescherelle, Larousse et Littré, entre autres lexicographes, s'en sont contentés. Il est remarquable que Littré ait trouvé une étymologie pour ce mot si mal défini. D'après lui, la flaquière, c'est « quelque chose qui flaque » : or, comme il ne définit le verbe flaquer employé ici par lui-même au sens neutre, que comme verbe transitif signifiant « jeter avec force un liquide », il se trouve

1. Sit^ungsberichte de l'Acad. de Berlin, 19 janvier 1893 ; cf. Romania, XXII, 340.

2. Cette forme ne figure pas parmi celles qu'a relevées M. Godefroy dans son article heuce, mais je la trouve, ou peu s'en faut, à l'article hosphan où figurent, dans un texte wallon, « vi oeches ».

3 . Une autre tarière est dite lasseret ou laceret, anciennement loceret, mais le mot paraît d'origine distincte, encore que le rapprochement avec l'allemand locher, indiqué dans le Dictionnaire général, ne soit pas très certain.

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que l'étymologie du mot flaquière n'est pas mieux précisée que son sens.

D'autres lexicographes sont plus instruits, au moins sur ce dernier point, notamment Mozin (1811) et les auteurs du Dictionnaire général. Ils ont en effet reproduit à peu près ce que dit le Supplément de Savary (1730) : « Les flaquières sont les trois plaques de cuivre rondes qui couvrent le chanfrain et les deux cotez de la tête du mulet. » Voilà qui est parler net; mais est-ce la vérité? Garsault, qui en 1774 a publié un consciencieux traité intitulé Art du bourrelier-bâtier , parle bien d'un fronteau « garni de trois plaques de cuivre », mais il ne souffle mot de ce nom de flaquières que leur applique le Supplément de Savary. D'autre part, je remarque que le Dictionnaire du patois du Bas- Limousin, de Béronie et Vialle, traduit par « flaquière » le patois foouquieiro. Aussi ne puis-je m'empêcher de croire que les flaquières de mulets des tarifs du xvne siècle sont effectivement des falquières ou fauchères1 et que la définition du Supplément de Savary n'est qu'une conjecture malheureuse.

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