Littré, Brachet
5. Ménage, Scheler, Kôrting et A. Darmesteter (dans le manuscrit du Dictionnaire général).
chon, mot qui existe en effet, et qui, en picard, mais en picard seulement, peut se présenter sous la forme fourcon1 -, de l'autre, le latin vulgaire *furcone n'aurait pu donner en français que fourcon et non fourgon.
Le nom de l'instrument appelé aujourd'hui en français fourgon offre beaucoup de variantes dans l'ancienne langue. Il est certain qu'il existe une forme fourcon. M. Godefroy, reproduisant un acte de 1292 publié par Bouthors dans ses Coutumes locales du bailliage d'Amiens, donne cet extrait : « des fourgons pour servir a ministrer l'usaige des dits fours. » Immédiatement après, il cite un texte picard du xve siècle où on lit : « fourquon de four. » L'orthographe fourquon rend manifeste la lecture fouirons, et non fourgons, dans l'exemple de 1292. C'est ce qui résulte aussi d'une charte latine de Normandie, citée dans du Cange, au mot furco : « Pro furnilla et furconibus . » D'autre part, nous avons au moins un exemple de la forme fourchon:
Se le covient le four Et les fourchons entour.
Telle est la leçon d'un des deux manuscrits de YOustillement au Villain; l'autre donne la variante furgon2.
1. Voy. Littré et, pour les exemples anciens, Godefroy, v° forchon. Remarquons que dans plusieurs exemples où M. Godefroy écrit forç-on, rien n'empêche de lire for con. Les formes foursson, foison, qui appuient la lecture forçon, au moins dans quelques cas, ne peuvent pas être considérées comme des dérivés de fourche : elles postulent un latin vulgaire * fur donc, analogue à * falcione, qui a donné faucon.
2. De l'oustillement au villain, 183, dansMontaiglon et Raynaud, Rec. gèn. des fabliaux, II, 154.
Cette dernière forme se retrouve dans une lettre de rémission de 1461, relative aux environs de Caen, citée dans Du Cange au mot furgo. Carpentier, qui fait la citation, remarque qu'on lit trois fois fregon dans un document analogue, mais qu'il ne localise pas, de l'année 1392. Enfin, la forme actuelle se trouve dès le xuie siècle dans le dit des Choses qui /aillent en mesnage et dans le Testament de Jean de Meun1.
Les autres langues romanes qui connaissent ce mot sont plus d'accord entre elles que le français ne semble l'être avec lui-même: l'italien dit furigone 2 , l'espagnol hurgon, le provençal furgon 3, et dans toutes ces langues le nom de l'instrument est en rapport avec un verbe signifiant « fouiller, fourgonner ». L'ancien français possède aussi ce verbe, qui se présente le plus ordinairement sous* la forme furgier.
On lit dans le dictionnaire étymologique de Diez : « Frugare, ital., espagn. hurgar, portug. forcar, prov.
1 . J'emprunte ces deux dernières indications à Littré. Il est à croire que l'étude directe des manuscrits donnerait quelques variantes; mais la forme fourgon est suffisamment attestée.
2. J'emprunte le mot au dictionnaire d'Ant. Oudin(i653), qui donne aussi la variante furegone. Quant Xforcone, que cite Littré, il signifie tout autre chose, au moins dans la langue littéraire, et désigne une grande fourche de fer à trois branches. Cependant en sarde furcone signifie aussi fourgon de four, spa^afomo (voy. Spano, Vocal), sardo-ital., Kalaris, 185 1).
3 . Un seul exemple en ancien provençal, furguon, dans le célèbre ensenbomen de Guiraut de Cabrera à son jongleur ; malgré l'obscurité de l'allusion, le mot doit s'entendre d'un fourgon de four et non d'une charrette, comme l'a cru Raynouard. Mistral donne les formes actuelles fourgoun, hoiirigoun, furgoun, furgou, firgou, fourjou, fur jou.
mod. furgâ, anc. franc, furgier (Renart, I, p. 21), fouiller, remuer: du lat. furca, fourche. On trouve une voyelle épenthétique dans le vénitien furegare et dans le sarde forogai. Même développement de sens dans l'ital. rinvergare, découvrir, deverga, et dans le piémontais fustigné, fureter, defustis. »
Remarquons tout d'abord que la parenté directe de l'anc. franc, furgier est trop étendue par Diez. Le portugais for car se rattache indubitablement à força, fourche, mais il n'a que le sens qui résulte naturellement de cette origine, et non celui de furgier1. Au contraire, le sarde, qui a à peu près le même sens que furgier et frugare, ne provient certainement pas du même type étymologique : la vraie forme est forrogai, dans le sud de l'île, et à Logodoro forrojare -, ce qui, étant données les relations phonétiques des deux principales variétés du sarde, nous reporte à une terminaison en culare 3 .
Il reste donc acquis que nous n'avons à tenir compte que de l'italien 4? du vénitien, de l'espagnol, du pro-
1. Cf. Vieira, Grande Diccionario portugue%, Porto, 1873 : « Forcar, revolver corn forcado a palha, trigo, etc. » De même dans le gascon de Mauvezin (Gers) : hourca, remuer (le foin, la paille) avec une fourche, verbe qu'il ne faut pas confondre avec hurga, fouiller dans un trou.