‹ Essais de philologie françaiseChapitre 134 sur 251 · Voyez-en des exemples dans Godefroy, v° furchier · texte numérisé non relu

Voyez-en des exemples dans Godefroy, v° furchier

ployé dans la langue médicale antique au sens dérivé de « sonder avec le doigt1 »; de l'autre, l'exemple champenois de feurger nous montre le sens primitif de for are encore vivant au xvc siècle.

Rien n'empêche d'admettre l'existence simultanée en latin vulgaire de *fûricare, « voler, chiper2, » et de *fôricare, « creuser, sonder, fouiller ». Le rapport de sens entre « voler » et « fouiller » est assez voisin pour qu'il y ait eu confusion par étymologie populaire. Remarquons que la même contamination s'est produite entre fur are et for are : le portugais, que Diez avait eu tort de mettre en cause à propos de forcar, vient ici à la rescousse, car il ne connaît que la forme furar, au sens de « forer » ; le provençal moderne dit aussi en certaines régions fur a, et non four a. Ce qui a dû singulièrement hâter l'emploi de *fûricare au sens de *fô~ ricare, c'est l'application du nom fur ou de ses dérivés à des animaux voleurs, qui vivent ou qui pénètrent dans des trous. Déjà le fucus (frelon), hôte des creux d'arbres et de murs, est appelé fur par Varron3 ; un peu plus tard, c'est la viverra (furet), qui est essentiellement, pour le peuple comme pour l'Académie française, « un animal dont on se sert pour prendre des lapins et qui va les chercher dans leur terrier », animal aux

i. J'emprunte. l'indication de ce sens, appuyé sur l'autorité de Celse, à l'excellent Dict. ht. -franc, de Quicherat revu par M. Châtelain.

2. Oudin donne à l'ital. fur égare, furigare non seulement le sens de « fourgonner », mais celui de « desrober subtilement ».

3. Le nom même du frelon en français paraît contenir comme premier élément le latin fûrÇV. l'art, freton 1 du Dictionnaire général.)

FRAIS IL 30 j

mœurs duquel nous devons le verbe fureter l ; plus tard encore le mus ou sorex2, etc.

Pour en revenir à notre point de départ, le français fourgon, le provençal moderne fourgoun, le gascon hourigoun s'expliquent par *foricone; les autres formes énumérées plus haut par *fûricone. On remarquera toutefois que l'ancien français fourchon a été fait sur fourchier, forme secondaire de furgier , furchier , comme torchon sur torcher. Car, si le sarde furcone s'explique purement et simplement comme un dérivé de furca, « fourche », on ne peut tirer de la même façon fourcon du picard fourke, ni fourchon de fourche, parce que le français ne connaît pas le suffixe on avec la signification augmentative*. Les formes provençales modernes four j ou, furjou, citées par Mistral, se rattachent de même à la forme verbale fourja, furja, vu qu'il est impossible d'admettre le. changement de c latin en ; devant un 0.

Page 1