L AVIGNON
employée par Palissy comme la forme primitive, à laquelle se serait soudé l'article (comme ierre devenu lierre), ou supposer que availlon et lavagnon sont issus tous les deux d'un *lavaillon plus ancien ? En l'absence de textes du moyen âge, on a le choix de l'alternative1. Or, on peut supposer que le latin lepas (grec AE-a;), lépas, a eu un diminutif Hipaàellionem* Les noms de menus animaux en ionem abondent en latin : à gobionem, goujon; stellionem, lézard ; pipiotiem, pigeon; papilionem, papillon ; rubeîlionem, rouget, etc., nous pouvons ajouter *fur ionem, furet (anc. franc, fuirori); *grillionem, grillon; *piscionem, poisson; *varionem, véron; *vissionem, putois, etc. D'autre part, la distance entre lepas et l'hypothétique *lepadelï ionem n'est pas plus grande qu'entre asinus et asellionem, attesté directement, ou qu'entre avis et*aucellionem, attesté par les langues romanes. Nous pouvons conclure de *catenionem = chaegnon à * lepadellionem == *levaeillon, dont la contraction en *levaillon est toute naturelle; quant au changement de Ye de la syllabe initiale en a, il ne fait pas difficulté.
Il semblerait môme que, dès l'époque ancienne, lepas soit devenu * lapas, à en juger par l'espagnol lapa, lâpade, par le portugais lapa et par le provençal moderne lapedo, alapedo, mots qui désignent tous le lépas ou patelle2. Mais ni l'espagnol ni le portugais ni le pro-
1. M. Rolland (Faune pop., III, 218) donne davignon comme nom d'un coquillage voisin (mya) à Noirmoutier ; le d est certainement adventice.
2. On dit aussi lapa dans les Basses-Pyrénées, d'après Rolland, Faune pop., III, 192.
j 26 ESSAIS DE PHILOLOGIE FRANÇAISE
yençal ne donnent exactement la forme correspondante au type *lapade en latin vulgaire: on devrait avoir dans ces trois langues un b au lieu d'un p, pour ne rien dire du traitement du d. Il serait donc téméraire de faire fond là-dessus1. D'autre part, l'anglais dit limpet ; on trouve dans Cotgrave lempet et lympine, que M. Skeat suppose empruntés d'anciennes formes françaises non attestées, *lempette et Vempine. Une nasalisation de*lepade en *lempade n'est pas impossible, ni par suite l'existence en ancien français d'un simple * lempe, d'où le dérivé lampotte, nom actuel du lépas à Fécamp 2.