Romania, XI
exercé une influence quelconque ; d'autre part, en admettant le datif illuic, comment expliquer la chute du c dans les textes bas-latins, qui tous nous offrent il lui ou lui, parfois lue ? Frappé de ces objections, M. Tobler a été amené à penser que illui était une création analogique du latin populaire ayant son point de départ dans le daûfcui du pronom relatif et interrogatif1.
L'explication de M. Tobler me paraît supérieure à toutes celles qu'on a données avant lui ; je l'adopterais volontiers... si je n'en avais à proposer une nouvelle.
Ille fait au génitif illïus : la même forme de génitif en lus se retrouve en latin dans les pronoms ou adjectifs ipse, iste, unus, ullus, nullus, sohes, totus, alius, uter, aller, neuter. Francis Meunier a expliqué la formation de ces génitifs2, et son explication paraît aujourd'hui admise dans le domaine de la philologie latine 3. Le génitif normal de ille est Mi : à ce génitif primitif, formé comme domini de dominus, est venu s'adjoindre le génitif ius du pronom is. Illius n'est donc qu'une forme contractée de Mi + ius.
Ce qui s'est passé au génitif a dû se passer au datif, au moins dans la langue populaire. Le datif classique Mi paraît n'être qu'un locatif employé abusivement; le véritable datif masculin de ille est Mo, correspondant à l'accusatif illum et au génitif Mi. Illo s'est combiné avec le datif ei, comme Mi avec le génitif ius : de là
i. Zeltschr. fur rom. Philologie, III, 159; cf. Remania, VIII,