‹ Essais de philologie françaiseChapitre 17 sur 251 · Chavot, Le Maçonnais, p · texte numérisé non relu

Chavot, Le Maçonnais, p

prétendre à une bien haute antiquité : c'est sans doute un des plus récents. Quant aux plus anciens, tout au plus remontent-ils à l'époque carolingienne; ils supposent en effet déjà fortement enraciné parmi les populations romanes l'usage de décliner ainsi les noms germaniques de femmes, avec une tendance à appliquer la même déclinaison aux noms romans1. Cette tendance est moins énergique, d'ailleurs, pour les noms de rivières que pour les noms de femmes : elle ne s'attaque guère qu'aux petits. On ne voit pas qu'elle ait jamais atteint les noms de l'Aisne, de l'Aube, de la Marne, de la Meuse, de la Saône, de la Seine, de la Vienne, de l'Yonne, etc. Ces grands cours d'eau jouissaient, semble-t-il, d'une trop grande notoriété pour qu'on songeât à modifier l'usage traditionnel de leur nom : les petits ruisseaux font les grandes rivières, mais ils n'appartiennent pas au même monde.

Je terminerai en faisant remarquer que le fait que certains noms de cours d'eau ont été soumis à la déclinaison germanique suppose une sorte de personnification de ces cours d'eau. Diez a déjà constaté2 que la déclinaison Berte Bertain s'applique non seulement aux noms de femmes proprements dits, mais aux noms d'animaux ou d'objets féminins personnifiés : il cite

i . En fait, le plus ancien exemple de la déclinaison germanique appliquée à un nom de rivière que je connaisse est de l'an 916 : à cette date la Dive de Mortemer est appelée fluvius Divane. Un peu plus tard, et dans la même région, celle du Poitou, la Dive de Montcontour est désignée par l'expression alvenm Divane (voy. Rédet, Dict. top. de la Vienne). Le rio Vesonnane, en Dauphiné, de 973, vient ensuite.

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