‹ Essais de philologie françaiseChapitre 174 sur 251 · MANIVELLE · texte numérisé non relu

MANIVELLE

pouvait expliquer l'italien manovella, ou que le mot français manivelle était peut-être d'origine italienne.

Si le latin connaissait *manubrum, il serait légitime de supposer * ' manubellum ; mais il ne connaît que manubrium et son diminutif manubriolum. La comparaison de l'italien bertovello, de*vertibellum, conduit à admettre pour manovella le type *manibella, qui est à manibula, synonyme de manicula, dans le môme rapport que *vertibellum à vertibulum.

En français, *manibella aurait abouti à * mambelle, peut-être à *manvelle (cf. cervelle de * cerebella). Faut-il lire manvelle au lieu de manuelle dans les deux premiers exemples (de 1297 et 13 12) cités dans le dictionnaire de M. Godefroy à l'article manoelle? C'est possible '. En tous cas, manoelle ne peut être que *manuella; par suite on serait tenté d'expliquer manvelle par * manuella plutôt que par manibella: cf. le mot bien connu manvée, de * manuata.

Lï de manivelle est embarrassant ; mais est-il primitif? Il se trouverait déjà dans le plus ancien exemple du mot (1325) cité dans le Dictionnaire général, d'après une communication de M. Godefroy. Toutefois, je remarque que M. Godefroy cite avec la même date de 1325 (au mot estrayurè) un acte que Carpentier (au mot menevdlus, dans Du Cange) cite avec la date de 1324; or, cet acte est précisément celui qui contient notre mot, et il porte menevelle, comme a lu Carpen-

1 . L'exemple de 1 3 12 vient de Du Cange, où Carpentier l'avait inséré en lisant maritales apuys et en traduisant par « étal, boutique ». Il est clair, comme Ta bien vu M. Godefroy, qu'il s'agit de « manivelles de puits ».

tier, et non menivelle1. De même, dans l'autre exemple rapporté par Carpentier au mot menevellus : la menevelle ou manche du treulle d'un puis (1389). Je tiens donc que la forme primitive est *manevelle, dialectalement menevelle2, et que Yi s'y est introduit par étymologie populaire, probablement sous l'influence de manier.

*Manevelle s'explique de lui-même si l'on admet la substitution de * manabula à manibula, d'où *manabclla. En somme, * manabula, « partie où poser la main », n'est pas plus extraordinaire que acetabulum, « vase à mettre le vinaigre. » On remarquera que l'ancien français a le pendant de *manvelle, manevelle dans vervelle, vertevelle. Il est certain que vervelle vient directement &q* vertibella ; or, la comparaison du provençal bartavello avec le français vertevelle semble imposer l'hypothèse d'un second type latin, à savoir : * vertabella 3 .

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