LXXVII. — ANC. franc. PLEURE
M. Godefroy a rattaché à peleure, « égratignure, écorchure », dont l'origine est claire, un autre mot qu'il traduit par « terrain en friche », et pour lequel il donne trois exemples: l'un de ces exemples (1404) porte pelleure, les deux autres pleure (1308 et 1404). On ne voit pas pourquoi il a laissé de côté un exemple plus ancien (1275), cité dans Du Cange, v° pleura, d'après la charte de Lapérouse (sur les confins de Berry et d'Auvergne), publiée par Thaumas de la Thaumassière, qui contient plusieurs fois ce mot sous la forme pleure. On le trouve aussi, latinisé en pleura, dans une charte de 1289, des environs d'Angle (Vienne). Le mot français a pour correspondant le provençal pledura *,
les documents du Dauphiné et du Forez (chartes de Saint- Vallier, de Saint-Bonnet, cartulaire de Vaux, etc.). Peaço, que Raynouard relève chez Folquetde Marseille et dans la charte de Montferrand, et qu'il définit mal par « empreinte de pied, fondement, base », se trouve en Auvergne, en Bourbonnais, dans la Marche, etc. Pea a survécu en Dauphiné sous la forme pià. (V. Mistral, qui se réfère judicieusement au bas-lat. pea, peda, tout en renvoyant à peço.)
1 . Le mot manque dans Raynouard et il ne paraît pas, à en juger par le silence de Mistral, s'être conservé dans les patois actuels.