LXXIX. — ANC. franc. POISTRON
On trouvera plusieurs exemples de ce mot d'ancien français, qui signifie « derrière, anus », dans le dictionnaire de M. Godefroy. Il s'est maintenu au moins jusqu'au xvie siècle, puisque Cotgrave l'enregistre encore en 161 1 : « Poitron, the tayle, arse, bumme. » Mais en 1642, Antoine Oudin le laisse délibérément de côté, comme hors d'usage, dans la Seconde partie des recherches italiennes et françaises .
Pourquoi M. Godefroy préfère-t-il la forme poitron, lorsque les plus anciens textes (Jean de Garlande, Glossaire de Glasgow, Renart) écrivent poistron ? Je l'ignore. Mais j'estime qu'en raison même de l'antériorité de poistron, on a le droit de partir de cette forme pour chercher l'étymologie. Or, poistron conduit presque infailliblement à un type latin * posterionem1 : le rapport phonétique de l'un à l'autre est le même que celui de goitron (goitre) à * gutturumem, ou, plus exactement encore, le même que celui de l'ancien français empaisr trier, aujourd'hui empêtrer, à * impastoriare. Quant à
1 . On pourrait dire * postrhmem, puisque l'on trouve dc'yàpostris, au lieu de postcris dans C. I. L., VI, 5303. (Bourciez, Bull, t'pigraphiqtu, sept.-oct. 1884.)
l'emploi du suffixe ionem pour désigner une partie du corps, nous le retrouvons, non seulement dans goitron, mais dans chignon, de * catenionem, et dans rognon, de *renionem. L'adjectif latin posteras, qui a disparu, est donc représenté dans le latin vulgaire de la Gaule par les deux dérivés poster ula, poster le (poterne) et * postcrionem, poistron.