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Étude sur la création actuelle Je mots nouveaux, p

Dindon traîne après lui dindonnade, dindonneau, dindomie, dindonnier, qui sont dans Littré, et dindonnerie, qui n'y est pas, mais qui est du langage familier ; en outre, il faut remarquer que l'on a dit, à la fin du XVIe siècle, dindard (Olivier de Serres), à côté de dindon. On n'aura pas de peine à ajouter débonnairement et l'anc. franc, debonairie, adebonairir, ferblanterie, gendarmerie, maugréeur, vinaigrer ie et vinaigrette à dèbonnaireté, ferblantier, gendarmer, maugréer, vinaigrier, seuls donnés par Darmesteter ; mais il est bon d'être averti que l'Académie enregistre gentilhommerie, à côté de gentilhommière, que Littré donne le diminutif gentilhommeau et le verbe gentilhommer, et que l'ancien français a tiré de gendarme, maugréer, non seulement gendarmerie, maugréeur, mais gendarmeau, gendarmée, gendarmereau, maugréable, maugrément (subst.) et maugrérie. Dans le supplément de Littré figure le mot manœuvrerie, « habitant d'un manœuvre », usité dans la Puisaye, qui est un dérivé de manœuvre indépendant de manœuvrier. Le verbe nerférer est sorti de nerférure, mais nerférure n'est pas, comme le dit Darmesteter, composé de nerf et de férure, car ce dernier mot avait depuis longtemps cessé d'être usité quand on a fabriqué nerférure : c'est un dérivé de nerf-féru. Orfèvrerie n'est pas le seul dérivé de orfèvre qu'on puisse citer : Voltaire emploie l'adjectif orfavri, qui est dans Littré et dans l'Académie; Cotgrave donne orfevreux et orfevrie ; au moyen âge, on trouve orf avril et orfaverisé. Darmesteter ne donne que plafonner : l'Académie enregistre, en outre, plafounage ttplafonneur. A côté de prud'homie, on peut placer preudommage,

preudommement et preudommeté, qui sont dans le dictionnaire de M. Godefro}', et preud'hommier, qui est dans Cotgrave. De vermoulure est sorti vermouler que n'indique pas Darmesteter : au xvie siècle, on disait vcrmoulir et ver moulis sure. Rien n'est à négliger dans une enquête de ce genre, puisque c'est précisément la fécondité plus ou moins grande du procédé de dérivation qui est en cause.

J'arrive aux .additions proprement dites. Une première série sera fournie par les nombres ordinaux tirés de composés. Il suffit de les indiquer : dixseptième, dix-huitième , dix-neuvième, vingt-et-unième, cent-et-unième, mille-et-unième, deux-centième, quatrevingt-dixième, etc., etc. Aux noms de nombre se rattachent quelques mots curieux de la langue technique laits sur le modèle de quatrain, sixain, etc. Ce sont : dix-huitain, vingt-deuxain, vingt-quatrain, vingt-sixain, vingt-huitain1 . On appelle ainsi des draps dont la trame est composée de 1.800, 2.200, 2.400, 2.600 ou 2.800 fils, et l'on dit de même vingtain, trentain, quand il y a 2. 000 ou 3.000 fils. Cette série de mots en ain a fait croire à l'existence d'un substantif ain, enregistré par Littré, à la suite de Legoarant, avec une explication mal venue où l'on donne ain comme une abréviation de cent ain, mot inusité. On remarquera que deuxain n'existe pas à l'état isolé, pas plus que unième, de sorte que loin d'être un obstacle à la dérivation, il se trouve

1. Cf. l'anc. franc. vinUcinquaine et le provenç. mod. v'uit-cânqueno, cités plus loin. Il est probable, comme je le montrerai tout à l'heure, que ces noms de draps sont d'origine méridionale.

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dans ce cas particulier que la composition lui donne un nouvel essor.

La langue contemporaine fournirait une riche moisson si l'on prenait la peine de passer au crible les néologismes que les journalistes et les romanciers vomissent incessamment. Jules Vallès affectionnait grand siècliser. Qui de nous n'a lu de droite ou de gauche moyenâgeux, banlieusard, gendelettrerie, bongarçonnisme ou basbleuïsme ? Je ne veux pas m'engager dans cette voie déjà parcourue — au moins en partie — par Darmesteter lui-même dans son Etude sur la création actuelle de mots nouveaux dans la langue française. Je note seulement qu'il a enregistré dans cet ouvrage différents mots dérivés qu'il ne cite pas dans ses Mots composés, tels que : betteravier, bondieu^ard, bondieu- Xftrdifier, champlevée, chaparder, hautboïste1, libre-échangiste. Ces deux derniers au moins paraissent destinés à prendre pied dans la langue. Peut-être en sera-t-il de même de demi- mondaine, que Darmesteter n'a pas relevé.

Mais ce n'est pas l'avenir que je veux scruter, c'est le passé. Je ferai deux parts- des mots que j'ai recueillis pour servir de supplément à la liste de Darmesteter, selon qu'ils ont disparu de l'usage ou qu'ils sont encore vivants. Il est entendu que je néglige de parti pris les dérivés des mots composés dont le premier élément est une particule ou un adverbe. Je laisse même de

i. En réalité, hautboïste ne vient pas directement de hautbois; il est pour oboiste, forme enregistrée par Littré, qui n'est qu'une transcription de l'italien' oboista, dérivé de oboe, hautbois. L'italien oboe est emprunté du français hautbois.

côté les mots dont les éléments composants sont si obscurs que ces mots ont de bonne heure été pris pour des mots simples, comme aucun, baragouin, boursoufler, bousculer, connétable, dimanche, haubert, salpêtre, verglas, etc., et les créations d'une fantaisie par trop déréglée,, comme le célèbre torcheculatif de Rabelais.

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