‹ Essais de philologie françaiseChapitre 200 sur 251 · Isidore de Séville connaît postdta au lieu de postUcna · texte numérisé non relu

Isidore de Séville connaît postdta au lieu de postUcna

2. Je ne connais pas d'exemple ancien de ce mot, que l'Académie a admis dans son édition de 1762; il n'est ni dans Cotgrave (161 1), ni dans Richelet (1680), ni dans Furetière (1690). Antoine Oudin donne prunaye (16.12).

mont1. Or, j'ai beau chercher dans ce livre, je n'y trouve rien qui justifie mon hypothèse. Et pourtant, l'auteur a poussé l'amour de l'art jusqu'à formuler d'avance des lois dont il laisse à l'avenir le soin d'apporter des exemples ! Il me faut donc, aux vingt lois découvertes par M. Grammont, en ajouter une vingtunième, que je formulerai en son style concis: combinée dissimile intervocalique. Voici des exemples à l'appui 2 :

i° Dissimilation de r.

Brieullesi (Meuse), pour Brieure, de Brivodurum, qui a

donné d'autre part Briare (Loiret et Seine-et-Oise). briièle, pour bruire, en patois saintongeais (Jônain.) Bruley (Meurthe-et-Moselle), au moyen âge Brurei, de

Briviariacum .

contralier, contralios, etc., formes fréquentes en ancien

français pour contrarier 4, etc.

Frelle (La Saint-), nom que reçoit en 141 0 le hameau

dit aujourd'hui La Saint-Fraise (Eure-et-Loir), en

1350, La Saint-Fraere.

frileux, pour *frireux} du lat. pop. *frigorosus.

1. La Dissimilation consonantique dans les langues indo-européennes, thèse présentée à la Faculté des Lettres de Paris, 1895.

2. Je ne cite ni druelise (pour druerise), qui paraît dû à l'influence de gentelise (on ne trouve pas druelie pour druerie), ni presseul (pour presseur, pressoir) qui offre probablement une substitution de suffixe.

3. M. Grammont, qui cite Brieulles, p. 28, déclare que la dissimilation a dû se produire à la phase *Brjodre: cette hypothèse est le résultat d'une idée préconçue.

4. Je ne puis accepter l'explication par * contraligare proposée par M. Grammont, Mém. de la Soc. de Ling. VIII, 340-341.

PRUNELAIE 363

peletre pour peretre, pyrèthre I.

prangeler, dans Godefroy, pour *prangerer, dérivé de

prangière, ht. pop. *prandiaria. Le substantif pran-

gière lui-même se présente à Liège sous la forme

prangile, pour *prangire.

Prcsles (Calvados), pour Praieres2, lat. * Pratarias*. primevoile, dans Godefroy, pour primevoire. priolesse, dans Godefroy, pour prioresse. procideur, pour procureur, en patois saintongeais (Jô-

nain.) promeloghe, pour promeroghe, en patois saintongeais.

(Jônain.) proiiiciiole, nom de la primevère à Cherbourg, de *pro-

merole, pour primerole: le mot renfermant déjà un l,

le r intervocalique a passé à n, et non à /•*. Prouvelles (rue des), forme employée par le cardinal de

Retz, Mém. II, 27, pour rue des Prouvaires. Quievreleche (Haie-) est le nom sous lequel est mentionné

1. En ail, en sausse ou en peletre, Dit de la Maaille, dans Jubinal, Jongleurs et trouvères, p. 105. Le provençal dit pelitre, mot qui a passé en espagnol et en portugais et que Raynouard traduit improprement par « ache ». Enfin j'ajouterai qu'une forme non dissimilée et augmentée d'un r épenthétique se trouve dans La Mort Aymeri : il est singulier que l'éditeur, M. Couraye du Parc, n'ait pas reconnu le pyrèthre dans lo poivre et lo perirtre du vers 2427. La variante petre du vers 2426 est pour peretre.

2. Dans le roman de Rou, v. 8555, Praeres (lisez Praieres) rime avec Colombier es.

S. Prei^e, nom d'un faubourg de Troyes, a la même étymologie que Prestes (Calvados) ; mais le changement de r en ç, qui n'est constaté authentiquement pour ce mot qu'au xvic siècle, est peut-être indépendant de la dissimilation. Même réserve pour Bre^olles (Eure-et-Loir), autrefois Bru rôles, Brueroles.

\. Cf. le nom de lieu La Gauteralière (1445), devenu La Gaultcnallicrc (1601), aujourd'hui La Godenalière (Vienne).

pour la première fois, en 1305, un hameau du département de l'Aisne, voisin d'une importante forêt, dont le nom officiel est aujourd'hui Halc-Equiverlesse. Il saute aux yeux que ce nom veut dire Haie aux chèvres et que quievreleche, forme picarde, correspond à une forme française * chevrelcce, pour * chèvrerece, du type latin capraricia, analogue à porcaricia, vaccaricia1, etc.

tracelet, variante de tracer et, traçoir.

20 Dissimilation de /.

clacerier et claçonier (pour *clacenier) sont tous deux

sortis de clacelier, lat. * clavicellarius . nomble, vour *lomble, lat. *lumbulus2.

Le latin vulgaire * conucla pour *colucula rentre dans cette loi : c'est par suite d'une idée préconçue que M. Grammont y voit une dissimilation renversée et attribue ce renversement à l'influence du suffixe ulusî.

A mon sens, tous ces cas sont très voisins de ceux que M. Grammont a cités dans sa loi xiv sous cette formule : implosïve dissimile intervocalique, et dont les plus notables sont : écarteler et ensorceler 4. D'autre part,

1 . Sur les mots qui présentent le suffixe ariclus, aricia, voyez ce qui a été dit ci-dessus à l'article esseret, p. 296.

2. Je cite cet exemple pour me placer au point de vue de M. Grammont, qui assimile l'initiale à l'intervocalique, mais en faisant des réserves sur cette manière de voir.

Page 1