‹ Essais de philologie françaiseChapitre 23 sur 251 · ATONES · texte numérisé non relu

ATONES

La dérivation à l'aide des suffixes vocaliques atones est très restreinte dans les langues romanes, plus encore sur le territoire de la Gaule qu'ailleurs : la raison en est si claire qu'il est inutile d'insister sur ce point. Par suite, un vif intérêt s'attache à la recherche des cas où l'on peut reconnaître ce procédé. Les notes suivantes sont extraites d'un cours fait à la Sorbonné pendant le semestre 1 893-1 894. J'avais pris Diez pour base en m'attachant à le mettre au courant de l'état actuel de la philologie romane. L'apparition de la seconde partie du tome deuxième de la Grammaire de M. Meyer-Lûbke m'ayant conduit à reviser mes notes de cours, j'ai pensé qu'il y aurait quelque intérêt à en extraire ce qui peut compléter ou contrôler les résultats auxquels le savant professeur de l'université de Vienne est arrivé de son côté. J'y joindrai chemin faisant quelques observations suggérées par la lecture de son livre.

EUS, IUS. — M. Meyer-Lûbke signale une série de noms d'arbres qui ont passé dans les langues romanes avec l'addition du suffixe eus, tus à leur radical, et remarque fort justement que les nouveaux substantifs ont dû désigner d'abord le bois de l'arbre, puis l'arbre lui-même : abieteum, arbitteum, avellanea, betulleum, fageum, iliceum, suberium1. La série demande à être

1 , Il est bon de faire remarquer que les formations de ce genre

complétée, en laissant de côté avellanea et autres mots à désinence féminine dont nous reparlerons plus loin.

arbuttium : prov. mod. arbous, arbousier. Les dérivés arbousset, etc., montrent qu'on a affaire à un radical avec tt et non avec t comme dans le latin classique.

bettium : prov. mod. bes, bouleau. Les dérivés bessada = bettiata, bessol = bettiolum, etc., assurent l'existence d'un radical bett- à côté de bet-, seul attesté dans la forme latine betulla. On sait que le mot est celtique : d'après les dernières recherches, le radical est betv-, ce qui explique fort bien l'hésitation entre le t simple et le t double J.

cassanium : prov. chassanh, chêne, fréquent dans les registres consulaires de Saint-Flour. Le limousin actuel dit chassait : comme il laisse tomber Yn finale, chassan ne peut pas représenter le simple cassanum : on sait d'ailleurs que ce dernier est proparoxyton.

castanium : castan, châtaignier, en rouergat (Vayssier) ; chastan, en limousin2. Même remarque que pour^ttsanium.

ceresium : prov. cereis, cerieis, cerisier. Voyez les nombreuses variantes données par Mistral, sous cerié. Le mot apparaît en Rouergue dès les xie-xne siècles, comme nom de lieu, sous la forme cereis K

sont très anciennes : on trouve déjà pinetim pour pinus dans la Vulgate, II Par., ii, 8.

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