‹ Essais de philologie françaiseChapitre 231 sur 251 · XCVII. — USINE · texte numérisé non relu

XCVII. — USINE

M. Kôrting enregistre Pétymologie * usina — usine sans observation ni renvoi. Pourtant, il y a fort à dire. Scheler se demande si dans le bas latin usina1 nous avons affaire à un dérivé du supin usum par rapport à la concession du droit d'user de l'eau, ou à une altération du latin classique ustrina, et il se prononce pour la première étymologie, « la plus ancienne signification étant celle de machine mue par l'eau. » Mais il faut aussi s'inquiéter de la plus ancienne forme du mot, sans quoi l'on bâtit sur le sable. Or, à l'article usine du Dictionnaire de M. Godefroy, qui ne contient que. neuf exemples, les trois plus anciens affectent les formes wisine (1274, texte provenant de Du Gange, déjà cité par Littré), huysine (1306), uisine (1341) ; la forme huisine se retrouve en 15 18. A cela il faut ajouter deux exemples de Baudoin de Sebourc, que M. Godefroy cite à l'article huissine et qu'il traduit par « petite maison, cabane ». Enfin et surtout il me parait difficile de séparer de l'article usine l'article œuchine, du même dictionnaire Godefroy, où l'on trouve comme

un point d'interrogation ; on trouve plus ordinairement vertuel, vert cil, ver tel.

1. Un seul exemple, de 1 149, dans Du Cange (Bénédictins), d'après le cartulaire de Saint-Oyen, et un seul exemple aussi, de 1240, de usinare. M. Brachet n'en affirme pas moins que usinare, dérivé de usure, est « dans plusieurs textes du moyen âge » et que le subst. verbal usina, « qui signifie l'usage des eaux, » est « dans un texte du xic siècle ». Dans le texte de 1149, usina ne signifie pas « usage des eaux », puisqu'il y est défendu : « quod nullus usinas aliquas construat sine laude prions, n

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variantes oechine, oechevine (forme évidemment fautive), œuchine, œussine, onchine, oucine, et où l'un des exemples se charge de définir ce que l'on doit entendre, à Cambrai, par oucine ou onchine: « chou est fours ou cambre ou molins ou maison de foulions ou maison de taincturiers. »

Je n'hésite pas à proposer de tirer usine du latin oficina \ Le traitement de/médial étant ordinairement identique à celui du v, l'exemple de navicella devenu nacele, nachele justifie les formes oucine, ouchine, primitivement *ocine, *ochine. La production de la diphtongue oe, œu à la syllabe atone est irrégulière, mais nous la retrouvons dans la même région, où M. Godefroy signale des formes comme oestille, oeustille, oistille, œustil pour ostille, ostil, outil. Quant aux formes comme uisine, wisine, huisine, huissine, elles rappellent absolument celles que l'on trouve pour le type otiosa, à côté de la forme normale oiseuse : uiseuse, wiseuse, wisseuse, huiseuse. Elles supposent donc *oisine, qui peut s'expliquer comme oiseau, de aucellum, avicellum, par une série très ancienne oficina, *ovicina, * oucina.

Ce ne serait donc qu'au dernier terme de l'évolution {uisine, usine) que l'action du radical user se serait fait sentir. On remarquera d'ailleurs que usine est resté longtemps confiné dans la région du Nord, avec le caractère d'un mot patois. Il n'est ni dans Cotgrave, ni dans Richelet, ni dans Furetière, et l'Académie française ne l'enregistre que dans son édition de 1762.

1. Les dictionnaires latins admettent oficina à côté de ojficina, mais on peut fort bien avoir oficina, de ôb et facio, comme ôperio de ôb et pario.

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