Autels cassadors, vers 1199, éd. Monaci
viticium : prov. mod. bedis, saule, osier (Mistral). Il y a eu substitution du suffixe ictus à la désinence propre de vitex, viticis, dont 1'/ est bref.
J'hésite à mentionner le prov. mod. suviè, chêneliège, parce qu'il ne se rattache peut-être pas directement à subereum, comme le sarde suerd^u : il semble plutôt tiré de suve = suber à l'aide du suffixe iè, lat. arium. Pour en finir avec le règne végétal, il faut supposer en latin vulgaire * porreum qui seul peut expliquer les formes du provençal anc. poyre (Raynouard), moderne porri, pouerri, poiri (Mistral) et peut-être aussi l'/du français poireau, et * malvoviscium, représenté par le marseillais mauvissi, guimauve. Quant à panicium, il se trouve déjà dans les textes de l'antiquité, à côté de panicum (voy. Kôrting, Lat.-rom. Wôrt., 5856).
M. Meyer-Lùbke enregistre trois noms d'animaux comme ayant reçu le suffixe eus : soricia, vultureum et puUeum (béarnais poulh, dindon, lorraine poy). A ajouter :
camucium ou camusium : prov. chamous, franc, chamois. Le mot paraît tiré, avec une altération de la consonne initiale due peut-être à l'étymologie populaire, de l'anc. haut allem. gamu^, allem. mod. gamse, même sens. Camucium explique le prov. chamous et l'ital. camozzp ; camusium, le franc, chamois et l'ital. camoscio.
limacium : prov. anc. Iimat~, prov. mod. limas, Jimasi, etc., anc. franc. limas, limace.
mergulium : prov. anc. morgoil, prov. mod. margoui, plongeon.
VERiuuM : prov. mod. ver ri, verrat.
Je réunis ci-dessous un certain nombre de noms divers dont la formation relève du même procédé, pour augmenter la série ivoire, lange, linge, etc.
capillium : prov. cabelh, chevelure, fane de rave,
épi, etc.
cimussium : bordelais cimui (Mistral), franc, dialect.
cimois (Aunis, Saintonge, Poitou), lisière (voy. le
Dictionnaire de M. Godefroy; cf. plus bas cimas-
sia).
coccium (pour concheum) : prov. mod. cos, cuillère, seau (cf. l'esp. cue%p et plus bas coccid).
corbium : rouergat gorbi, guorbi, panier de bât.
ferrium : prov. mod. fèrri, forme employée, d'après Mistral, à Marseille et sur les bords du Rhône1 (cf. plus bas ferrias) .
medullium : prov. mezplh , moelle, mie de pain (Raynouard et Mistral).
stannium : prov. estanh, franc, étain. Il me semble que l'analogie de cuivre, ivoire, recommande cette étymologie plutôt que celle qui consiste à supposer en
i. Mistral n'indique pas le mot fèrri comme adjectif, mais on le trouve conservé dans deux mots composés intéressants qu'il enregistre à leur ordre alphabétique : befèrri, en gascon bec-hèrri, coutre de la charrue, et fourcho-ferrio (limousin), fourche-fière. M. E. Levy me fait remarquer que becferri est dans le livre de comptes des frères Bonis, II, 330.
Lit. vuleaire l'existence de stagnum au lieu de stannum (Kôrting, Lat.-rom. Wôrt., 7736).
Jusqu'ici tous nos dérivés sont tirés de substantifs. Il faut faire une petite place à ceux qui sont tirés d'adjectifs et qui s'emploient soit substantivement soit adjectivement.
levium : prov. leuge, franc, liège.
mistilium : franc, méieil. Le type misticulum proposé par Diez ne me satisfait guère : je suppose plutôt qu'il a existé un adjectif mistilis, comme fissilis, coctilis, etc., d'où mistilium.
nobilium • anc. franc, nobilie, mot demi-savant. xovium, ia : prov. mod. riovi, nbvio, nouveau marié,
nouvelle mariée.
rapidium : prov. rabei, anc. franc, ravoi, courant, rapide.
Le latin peut former des mots composés de sens concret avec la désinence eus, ius, bien que cette formation soit beaucoup plus rare que celle des mots abstraits en ium. Les dictionnaires enregistrent : alîilaneus, bi col or eu s, bicorporeus, bipedius, collacteus et collactius, combibiolus (qui suppose combibius), concordius, consangiiineus, consemineus, crassivenius, mulicurius, multimammia, nigrogemmeus, omnimorbia, oridurius, poscinumm'uis, iorticordius, etc. Il est difficile de ne pas reconnaître le môme procédé de formation dans le provenç. moderne coulàubU, couraibie, nom du motteux ou cul-blanc, qui paraît être pour culaubie, correspon-
dant à un type lat. culalbius, analogue à oridurius. A ce compte, on peut risquer l'étymologie punais par puttinasius, étant donné que le latin vulgaire a dit de bonne heure puttus pour putidus. Je rappelle que les dictionnaires enregistrent nariputens.
Enfin certains adjectifs paraissent bien avoir été tirés, à une époque relativement récente, de radicaux qui ne sont pas tous latins à l'aide de ce suffixe ius dont la vitalité a été beaucoup plus grande qu'on pourrait le supposer. Le provençal mod. gàmbl « boiteux, déjeté » se rattache sans doute à gamba; bèfi, embèfi « dont la mâchoire ou la lèvre inférieure avance » au radical germanique beff- ; joli, « joli » au radical Scandinave jol, etc. Pour beaucoup de mots de ce genre l'étymologie est encore à trouver (voy. Mistral sous basbfi,, bêbi, bèmi, bèfi, gaubi, gàbi, glapi, guèni, tabbssi, etc.).
EA, IA. — Parmi les formations nouvelles que l'on peut ajouter à celles qu'a indiquées M. Meyer- Lùbke, quelques-unes correspondent aux formes masculines en eus, ius énumérées ci-dessus et n'offrent pas d'intérêt particulier. Telles sont : tamaricia = prov. mod. tamaris so, ver nia = prov. vemha, vernho, viticia s= prov. mod. bedisso, limacia = prov. mod. limasso, franc, limace, mergulia ±= prov. mod. margouio. Dans tous ces cas le sens est le même, avec la valeur propre au genre féminin. Il est plus intéressant de grouper quelques mots où ea, ia ajouté au radical d'un nom d'arbre sert à désigner le fruit ou la fleur de cet arbre, conformément à un usage qui apparaît déjà en latin
LA DÉRIVATION A L'AIDE DES SUFFIXES VOCALIQUES ATONES 8l
classique, puisque castanea désigne la châtaigne et pinça la pomme de pin. Nous signalerons :
aquilentia : prov. mod. agoulenço, églantine, fleur de l'églantier. Le mot devait exister dès le moyen âge, puisque l'on trouve aguilencier à côté de aguilen pour désigner l'églantier.
arbuttia : prov. mod. arbousso, fruit de l'arbousier. Le français arbouse paraît emprunté du provençal et se présente d'abord sous la forme arbouce, arbousse1.
avellania: prov. aulaigna (Raynouard). M. Meyer- Lùbke cite le type latin et l'appuie en ce qui concerne la France sur auranio, employé dans la vallée de Queyras, et olagno à Gilhoc (Ardèche). On peut ajouter ouglogno et ougogno en Velay (Mistral), nlagno à Vinzelles, Puy-de-Dôme : partout le mot désigne « la noisette » et non « le noisetier ».
ceresia : prov. mod. cerieiso, etc., franc, cerise.
cornia : prov. mod. corgno, cornouille.
fagia : prov. mod. faio, fajo, faîne, fruit du hêtre.-
frasia (pour fragià) : franc, fraise.
Parfois le suffixe ea} ia ajouté à un nom d'arbre indique une réunion de ces arbres et remplit les fonctions qui échoient le plus communément à etam ou aria ni. M. Meyer-Lûbke n'indique qu'un mot de ce genre, roburia, représenté par le dauphinois revouairi.
i. Le plus ancien exemple signalé par M. Godefroy dans son Complément ne remonte qu'au xvi1-' siècle.
Thomas. 6
Il se demande si dans ce cas le suffixe n'est pas le même que celui des noms de pays comme Italia, Burgundia, etc., supposition qui me paraît peu vraisemblable. La série est assez considérable, si l'on veut bien y comprendre, comme de raison, les noms qui ne se sont conservés que dans le vocabulaire toponymique :
bettia : bouquet de bouleaux ; noms de lieu : Besse ou la Besse (Aveyron, Cantal, Charente, Dordogne, Isère, Maine-et-Loire, Puy-de-Dôme, Var).
buxia : prov. mod. bouisso, touffe de buis ; noms de lieu : Boisse, La Boisse (Ain, Aveyron, Dordogne, Loiret, Lot), Saint-Amand de Boixe (Charente), Bouisse, La Bouisse (Aude, Tarn).
cassania : prov. mod. cassagno, chassagno, chênaie ; nombreux noms de lieux : Cassagne, Cassagnes ou La Cassagne (Aude, Aveyron, Dordogne, Haute- Garonne, Gers, Lot, Hautes-Pyrénées), Chassagne, La Chassagne (Ardèche, Côte-d'Or, Dordogne, Doubs, Jura, Puy-de-Dôme, Rhône, etc.).
fagia : prov. mod. faio ou fajo, hêtraie ; nombreux noms de lieux : Fage} La Fage (Aude, Aveyron, Corrèze, Haute-Garonne, Hérault, Lot, Lozère), Hautefage (Corrèze), Autefage (Lot-et-Garonne), La Hage (Haute-Garonne), Faye, La Faye (Allier, Charente, Cher, Corrèze, Deux-Sèvres, Dordogne, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Maine-et-Loire, Var), Hautefaye (Creuse, Dordogne).
fraxinia : frênaie ; noms de lieux : Fraissignes (Aveyron, Tarn), Fraissinhes (Lot), Fressigne, noms de
deux hameaux de la Creuse. A distinguer de Fressanges, mieux Fraissenges, nom de quatre hameaux de ce dernier département, qui correspond à Fraxinicas. Pour Fraissignes de l'Aveyron, on trouve dès 930 la forme Fraxinias1. La quantité primitive de Yi latin a été allongée sous l'influence du suffixe In mu (cf. ce qui est dit plus bas, sous roberia).
garricia : périgourdin jarriço, chênaie (Mistral). En rouergat garriço désigne une variété de chêne.
roberia (pour roborea) : prov. mod. rouviero, etc., chênaie, rouvraie. On pourrait croire a priori que le mot rouviero a été tiré directement de rouve, rouvre : mais dès le xie s. on trouve roveria dans le cartulaire de Saint- Victor, ce qui me paraît écarter cette explication (cf. le limousin rouvei cité ci-dessus). Le dauphinois revouairi (cf. les noms de lieu La Rivoire dans ie Jura et Haute-Rivoire dans le Rhône, Les Rivoïres, près de Massieu dans l'Isère) ne repose pas non plus directement sur le type latin roborea dont Yo tonique est bref, mais probablement sur une forme refaite d'après le suffixe ôrium (cf. ce qui est dit plus haut sous fraxinia) . M. Meyer-Lùbke admet le type lat. roburia.
prunia : prunelaie ; noms de lieux : Prugnes (Aveyron), La Prugne (Allier); Prugne, La Prugne, Les Prugnes, nom de sept hameaux de la Creuse.
salicia : saulaie ; noms de lieux : Salesses et la Salesse, nom de cinq hameaux de la Creuse. La forme allon-