Cm lui. de Conques, n
gée salisso (sous l'influence du suffixe îciuni) désigne l'osier, dans l'Aude.
tremulia : tremblaie ; noms de lieues : La Trimouille (Vienne), Trémouille (Cantal), Tremouilles (Avcyron, Cantal). Dans la Creuse, deux hameaux s'appellent La Trimouille et deux Les Tremouilles.
vernia : aunaie ; rouergat bergno, lieu marécageux où croissent des aunes (Vayssier). Nombreux noms de lieux : La Vergne (Aveyron, Charente-Inférieure, Lot, Lot-et-Garonne), Les Vergues (Corrèze).
Voici maintenant quelques mots isolés :
baccia : franc, dialectal basse, sorte de cuve en bois pour le transport de la vendange (Saintonge). Le radical paraît être celui de bac, baquet.
boscia : forésien bouessio (Mistral), dauphinois bolssi, pluriel boisses (Devaux, p. 460), faisceau de tiges de chanvre. Le radical paraît être le même que celui du français bois, c'est-à-dire l'anc. haut allem. buse, qui signifie à la fois « bois » et « touffe, faisceau ».
cicalia : prov. mod. cigalho, cialho, cigale (Mistral).
cimussia : prov. simoissha, lisière (Raynouard). Nous avons déjà vu le franc, dialectal cimois= cimussium. Le toulousain dit encore cimoisso (Mistral).
cinitia: prov. cenisa pour centra (voy. Levy, Proven^. Supplément, WôrterbJ) ; en Dauphiné et dans les Alpes, cenisa, cendre fine (Mistral) ; dans la Creuse, ceniso, suie ; franc, anc. et dialect. cenise (v. Godefroy, v° senise). L'espagnol cenisa indique bien qu'il
faut partir de cinïtia, qui s'est substitué a cinïsia, sans qu'on en voie la raison.
claria : prov. mod. glairo, franc, glaire.
coccia (pour conched) : prov. mod. cosso, franc, cosse.
croccia : prov. crossa, franc, crosse. Le radical est celui du substantif croc.
curbia : franc, courge (de porteur d'eau).
ferrias : prov. mod. fèrrios, étrier d'une crémaillère (Mistral) ; anc. franc, ferges, firges, fers (d'un prisonnier). Caton emploie déjà le substantif/b'raz au sens de « bêche ».
gallia : prov. mod. gaio, galho, glande, amygdale, caroncule du coq, ouïe de poisson, caillette d'agneau, ris de veau (Mistral), Il semble que sous le type phonétique commun gallia se confondent deux mots différents : un dérivé de gallus, coq, et un dérivé de galla, noix de galle ' .
grania : gascon gragno, graine (Mistral).
junicia : franc, génisse.
metallia : prov. me^alha, franc, maille (anc. franc. m caillé).
medullia : prov. mezplha, moelle (Raynouard et Mistral).
staminia : prov. estamenha, franc, étamine.
IUM. — Ainsi que le rappelle M. Meyer-Lùbke, ce
i . Faut-il croire que la dérivation gallus gallia a pu être favorisée par le grec xotXXata, caroncule du coq ?
suffixe est particulièrement fréquent en latin comme désinence des mots composés : aquagium, stipendium, naufragium, etc. Mais on le voit quelquefois s'ajouter à des mots simples, surtout à des radicaux de verbes, et l'on trouve dans les dictionnaires latins des mots comme œstimium, creniium, dolium, seminium, formés, à une époque relativement récente, sur le modèle de gaudium, odium, tœdium, etc. Il est donc bien difficile de séparer, comme le fait M. Meyer-Lùbke, les formations de ce genre de celles dites postverbales où le radical du verbe est augmenté d'un i. Pourquoi mettre d'un côté jacium et de l'autre singluttium? Je n'y vois aucune bonne raison. Aussi, bien que je laisse de côté la forme postverbale proprement dite, n'ai-je aucun scrupule à réunir ici tous les mots en ium qui ne sont pas mentionnés par M. Meyer-Lùbke, sans distinguer si le radical est un verbe ou un substantif. Les mots de ce genre ne se rencontrent guère qu'en provençal, et ils s'y présentent sous deux formes selon que Yi s'est fondu avec le radical ou s'est conservé comme posttonique. Nous mettrons dans une première série ceux où Yi a été absorbé par le radical, car ce sont manifestement les plus anciens : adpertenium : prov. apertenh, appartenance, dont Raynouard cite un exemple au pluriel sous la forme aperteinc^ (corr. aperteint^) ; dans le Cartulairc de Vaour, apertein^1 ; dans les chartes d'Agen, apartenh2.
i. Cart. de Vaour, p. p. Portai et Cabié, Albi, 1894, p. 88. 2. Magen et Tholin, Arch. mun. d'Agen, p. 20.
capitenium : prov. captenh, soutien, maintien, conduite, d'après le verbe captener.
consecalium : prov. consegalh, méteil.
disadvenium : rouergat desoben, desobien, mésaventure (Vayssier) ; l'ancien verbe desavenir, auquel se rattache ce substantif, ne paraît pas s'être conservé en Rouergue. En Bas-Limousin, on connaît l'adjectif desavèni, desavènio, désagréable, tiré du même verbe (Béronie).
distollium : prov. destuelh, dérangement, détour, d'après le verbe destolre (cf. ci-dessous manntolliuni) . Le rouergat a un substantif destel « fruits avortés ou véreux qui n'arrivent pas à maturité et qui tombent des arbres » et le verbe correspondant desteilla « tomber, en parlant des fruits avortés » (Vayssier), qui paraissent se rattacher à l'ancien provençal destuelh.
foriscapium : limousin forschapche, capitation. Raynouard ne donne que forcap, forcapi, formes non populaires ; il y a deux exemples de forschapche, forchapche dans Du Cange, v° foriscapium. J'en connais un autre dans le cartulaire de Bénévent: Rogerius de Liront dédit omîtes forschapches (Guibert, Laron, p. 32, note 1).
IKDEVENIUM : prov. endevenh, avenir, d'après le verbe endevenir.
intercoxium : marseillais entrecuei, entrecuisse (Mistral).
MANUTENIUM : prov. niaiilenh, maintien, d'après le verbe mantener.
manutollium : rouergat montueille (et aussi au fém. montueillo), anse, poignée (Vayssier), d'après un verbe composé *mantolre, qui n'est pas attesté directement.
ordinium : prov. ordenh, lignée (cf. le composé latin interordiniuni) .
panicocium est assuré par l'existence du provençal pancossier, boulanger, dont il sera question dans la deuxième partie de ce volume.
pertenium : prov. pertenh, appartenance, profit, sous la forme (mal lue ?) pretehn, prethem (lisez pretehiri), dans Magen et Tholin, Arch:-' munie. d'Agen, p. 3.
pistrinium : prov. prestinh.
subvenium : prov. sovenh, souvenir, d'après le verbe jV venir. y
sustenium : prov. sostenh, soutien, d'après le verbe sostener. Le mot n'est pas dans Raynouard, mais M. E. Levy me le signale dans les extraits du manuscrit inédit des Leys d'Amors publiés par M. Chabaneau (Orig. et établissement des Jeux floraux, Toulouse, 1885, p. 13 et 15).
volium : anc. franc, voil, vueil, volonté.
Parmi les mots où Yi posttonique s'est conservé, il est difficile d'en trouver un seul qui remonte au latin vulgaire proprement dit. M. Meyer-Lùbke cite les mots provençaux acordi, concordi, discordi, coveni, comme représentants des mots latins de formation préromane accordium, concordium, discordium, convenium. Je le veux bien, d'autant plus que discordium est déjà employé au
premier siècle par le poète bucolique Calpurnius; mais ce qu'il est nécessaire de dire, c'est que tous ces mots latins, s'ils ont jamais appartenu à la langue vulgaire, n'y ont pas vécu longtemps et que le provençal les a repris, à une époque relativement récente, au bas latin, dans lequel les formations de ce genre ont dû pulluler. Une fois que le provençal a été en possession d'un certain nombre de mots dérivés en i atone, il en a créé beaucoup d'autres pour lesquels il serait impossible de trouver un type latin absolument adéquat. De là deux séries à distinguer. Dans la première on peut mettre, à côté des mots mentionnés par M. Meyer- Lùbke :
barrium : prov. barri, rempart, faubourg. carrium : prov. mod. carri, char.
defectium : prov. defeci, dégoût.
dispretium : vaudois desprec^i, mépris.
disturbium : prov. mod. destourbi, dérangement (Mistral).
murmurium : prov. murmuri, murmure.
temporium : anc. franc, tempoire, temps. TERMINIUM : prov. lermini, anc. franc, termine, terme, saison.
Le type des mots de la seconde série est le mot provençal alongui, délai, qui est manifestement dérivé du verbe alongar par la soudure directe du suffixe i au radical de alongar. Le substantif seii, siège, paraît de même tiré de (as)setar, asseoir. Le dictionnaire de Mistral fournit un certain nombre de mots du môme
genre. Je me borne à relever sans commentaire ceux qui m'ont frappé ; plusieurs demandent encore des recherches étymologiques: arsi, soif ardente, bofi, gonflement, desahici (nombreuses variantes), désagrément, espièglerie, dessoiiti, surprise, deslourni, dérangement, cigalossi, averse, gloti, fossette pour jouer aux billes, lanci, carreau de la fronde, lassi, fatigue, lavassi, averse, toqui, toucher, but, etc.1.
IA. — M. Meyer-Lûbke pense que c'est l'existence en allemand de noms abstraits tirés d'adjectifs (comme grosse de gross) qui a favorisé la création des rares mots français où l'on trouve le suffixe ia ajouté à un adjectif, à savoir : destrece, estrece, espoisse, graisse, groisse, taise etprivaise. Le rapprochement est intéressant, sans aucun doute. Mais il ne faudrait pas lui donner plus d'importance qu'il n'en peut avoir en laissant croire que les formations de ce genre sont absolument inconnues du provençal. Des sept exemples cités, trois au moins se retrouvent dans cette dernière langue, destressa, graissa,
UUS, UA. — Diez ne mentionne ce suffixe que pour mémoire et constate qu'il n'a pas produit de formations nouvelles2. M. Meyer-Lûbke n'en parle pas du tout. Quatre mots provençaux me semblent pour-
i. Je ne mentionne pas les substantifs en i qui ont à côté d'eux des verbes en ia, comme envahi, enrabia, car ce sont de simples postverbaux. Cependant il n'est pas toujours possible de dire avec certitude si le substantif est tiré du verbe ou inversement.